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Changement - Inertie - Statu quo - Imagination - Eric Le Boucher - Les Échos - Le monde en 2040 - Visconti - ORPEA - ESG - Gouvernance - Transformation -

Changement 7/10

Le changement immobile 7

Édito — il y a 1 mois

Si pas maintenant, quand ?

1

Regarder le réel

"Le monde est en guerre climatique, le monde est en guerre économique, le monde est en guerre technologique, le monde est en guerre terroriste, le monde est en guerre militaire, et la France, en campagne présidentielle distribue des cadeaux." C’est par cette phrase que commence l’édito d’Eric Le Boucher, éditorialiste aux Echos, édition du 18/19 mars 2022. 

Cela est ô combien rassurant de lire ces quelques lignes qui sonnent comme une vérité. Dans une série appelée « Code rouge », j’ai mené, en début d’année, trois réflexions sur le monde qui change suite à la lecture du « Monde en 2040 », ce rapport de la CIA qui met des chiffres sur des inquiétudes légitimes. Il raconte l’urgence dans laquelle le monde se trouve et définit en creux la somme des problématiques auxquelles nous allons devons faire face sur fond de tensions géopolitiques russo-ukrainiennes qui change encore les lignes de manière précoce, mais pas nécessairement inattendue. 

La crise de la Covid devait déjà rebattre les cartes ; cette crise est venue réveiller la quiétude du monde occidental ; il devait y avoir une prise de conscience inaugurale pour accélérer les changement vertueux du modèle capitaliste. Mais aujourd’hui, force est de constater qu’il y a du bruit, beaucoup de bruit, de la fureur, mais pas de révolution. 

La fin de la campagne présidentielle se solde certes par la réélection d’Emmanuel Macron, mais elle souligne de manière claire les fractures d’un pays divisés en trois. Certains parlent du sacre des extrêmes : l’extrême-droite, l’extrême-centre et l’extrême-gauche. Une restructuration dangereuse de la société aux airs de napalm pour les prochaines élections présidentielles. 

Et pendant ce temps, le monde continue de bouger. La Chine continue de travailler avec plus ou moins de brutalité son soft power et les Etats-Unis, tout en étant aux prises avec les tourments existentiels de la société américaine, continent de dominer le monde sur le plan économique et technologique. 

L’Europe continue de renaître à marche forcée, sous la pression des projets hégémoniques de Vladimir Poutine, consolidant ainsi les avancées consécutives à la crise sanitaire. 

Les lignes bougent, mais pas assez vite.

2

Vaincre le statu quo 

Il n’y a pas une semaine qui passe sans entendre un dirigeant ou un penseur dresser un diagnostic des transformations nécessaires. Il n’y a plus un sommet d’entreprises qui ne pose cette urgence au centre des réflexions : les Rencontres Capitales, la Cité de la Réussite, les sommets de Challenges, les Rencontres Economiques d’Aix-en-Provence, ChangeNow, les Clubs Les Echos Débats, etc. 

L’urgence est « in the conversation », pourtant la déception nourrit la colère d’un nombre grandissant de citoyens, en commençant par l’eco-anxiété de la nouvelle génération, qui porte un discours plutôt simpliste sur la manière d’aborder les problèmes, mais juge avec sévérité et à raison, nos lenteurs et nos atermoiements. 

Certains pourraient même penser que la société se drape dans la philosophie du Guépard de Visconti : "Il faut que tout change pour que rien ne change." Est-ce là la philosophie qui nourrit l’inertie de notre force motrice ? Rester le même et, en même temps, un autre ? Changer sans changer, en préservant nos acquis, nos repères, nos habitus ? 

Cette question n’est pas flatteuse, mais elle est inévitable. Nous savons, parce que nous l’observons et parfois même en sommes victimes, que de nombreux dirigeants freinent l’amplitude des transformations mises en œuvre en arguant que les collaborateurs ne sont pas prêts ; tantôt, il imputent également la faute au marché. Parfois, le changement est acté, mais il ne se concrétise pas car ceux qui doivent le piloter n’y croient pas ; donc un ballet de questions & réponses se met alors en place pour occuper le temps, tromper le mouvement et nourrir l’inertie. 

Par ailleurs, régulièrement la réflexion est déléguée à des cabinets de conseil tandis que les organisations privilégiées par des entreprises rejettent les rebelles et se cachent derrière la peur du non-conformisme. 

Nous devons sortir du catalogue des diagnostics pour bâtir des solutions nouvelles à l’appui de modèles inédits. Plutôt que d’acheter des start-up pour mieux en détruire la proposition de valeur, ne faudrait-il pas réfléchir à une manière différente de capitaliser sur un écosystème d’innovation nourricier pour donner du kérosène à l’accélération des transformations que plus de la moitié du pays redoute alors que nous savons qu’elles sont inévitables ? 

Nous avons moins de dix ans pour changer la nature de l’équation avant de subir un monde dont les règles du jeu risquent de nous échapper totalement. 

3

Défier l’imaginaire 

Eric Le Boucher conclut son édito en disant : "La transformation du monde aurait dû, depuis longtemps, nourrir la discussion intellectuelle, politique et médiatique." Et il a encore une fois raison. 

Les décideurs doivent changer leur grammaire de la transformation et cesser d’avoir une audace pusillanime. Nous entendons trop souvent : « Ça ne marchera jamais ; nous ne pouvons pas prendre ce risque ; suivons simplement le plan, etc. » Et pendant ce temps, d’autres innovent avec un imaginaire débridé et au moment où nos consciences sont converties, nous avons accumulé un retard irrattrapable. Nous sommes dans une guerre du temps ; nous entendons souvent que « cash is king », mais, en réalité, « genius is king ». 

Au lieu de nous focaliser pendant une éternité sur les normes ESG, les entreprises devraient être non seulement à l’initiative, mais à l’offensive sur ces sujets-là, avec plus d’imagination. 

Le récent scandale ORPEA montre bien les limites des indicateurs chiffrés de la notation ESG. Vous pouvez tromper le système en étant authentiquement malfaisant. Les sociétés digitales qui se positionnent comme des spécialistes de la RSE analysent des données qu’elles ne confrontent pas à la réalité. Vous devez simplement être un expert des documents RSE pour duper le système et c’est ainsi que des sociétés non-vertueuses se retrouvent en pole position du marché car elles surfent sur une illusion, la leur, et sur une incompétence, celle de ces fossoyeurs de l’ESG. 

Il est temps que le marché se focalise sur une gouvernance ESG volontariste, sans tomber dans la bureaucratie, avec un rattachement clair à la direction générale. Ce n’est pas un sous-sujet. C’est le cœur des modèles de croissance de demain ; c’est de la stratégie et de l’humain ; ce sont des ressources et de l’imagination. 

Il faut faire cela avec une ambition d’excellence, sans se préoccuper de savoir si le marché suivra ou pas. Il faut faire des choses qui ont du sens pour votre industrie avec une ambition de durabilité, sans tomber dans la caricature de l’antagonisme entre l’écologie et l’humain, de même que l’économie et l’humain. 

Nous pouvons le faire, nous devons simplement oser y croire car après tout, nous n’avons pas de pétrole, mais nous avons des idées. Nous devons juste apprendre à les laisser respirer pour qu’elles puissent se concrétiser, en repoussant sans cesse les limites. Nous devons prendre le chemin d’une véritable révolution culturelle et onirique. Nous avons l’ardente obligation de construire l’histoire de maintenant pour inventer demain et rompre ainsi avec notre tradition du changement immobile. Et cela vaut pour la puissance publique. 

 

Nicole Degbo

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La Cabrik est une fabrik de gouvernance stratégique et humaine qui accompagne les transformations pour relier l'économie à l'humain et est spécialiste des situations de crise de gouvernance.

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