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Changement 2/6

Une experience de l'effondrement 2

Édito — il y a 3 semaines

"Le réel, c’est quand on se cogne." Jacques Lacan

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La fragilité du récit 

Et, il faut croire que beaucoup de français se cognent à un réel qu’ils ne supportent plus. Mais comment en sommes-nous arrivés là ? 

Nous sommes dans une société démocratique articulée autour des valeurs de liberté et d’égalité dans lesquelles chacun s’est projeté à sa manière ; c’est-à-dire que chacun, à partir de son récit singulier, a nourri un imaginaire possible arrimé à son appropriation du postulat républicain. 

Au commencement, beaucoup de personnes se demandent quoi faire de leur vie et comment devenir ; l’égalité se rompt déjà entre ceux qui pensent avoir du talent et les autres. Ensuite, la liberté avec laquelle chacun va choisir de faire face au monde compte car elle va structurer la relation entre le monde et soi-même. Et cette relation va être tributaire de ce qu’on appelle le récit singulier, soit la manière dont chaque personne projette sa propre existence ; et, ce récit va normalement être irrigué par le récit collectif proposé par le groupe social auquel l’individu appartient. 

Nous vivons dans une société normative, codifiée et les règles sociales comptent, au point que la plupart des gens les intériorisent et jouent le jeu. Peu de personnes se donnent le droit de les confronter pour les redéfinir. Les récits singulier vs. collectif entretiennent donc un duel entre les permissions et les injonctions, notamment celles de grandir, d’exister et de faire confiance ou précisément le contraire. Et c’est important car l’arbitrage entre les permissions et les injonctions va insidieusement nourrir le récit singulier et définir la place que l’individu adoptera dans la société. 

Et très tôt, au fond dès la naissance, l’individu va se heurter à la hiérarchie des statuts, sachant que nous avons tous des statuts multiples. Aussi, le poids de ce carcan collectif et socio-culturel va influencer non seulement les choix, mais trop souvent l’image que l’on a de soi, de ses capacités, de ses savoirs et de ses ignorances. Le besoin d’appartenance, s’il est satisfait, pourra alors jouer un rôle régulateur. 

Le problème est sans doute le poids accordé au récit collectif car il y a comme une délégation de la réflexion, de l’individu vers le collectif, qui vient déterminer le curseur d’acceptabilité de l’ennui, de la souffrance, des renoncements et du non-changement. Le danger est donc évident lorsque le récit collectif est en panne, surtout lorsqu’il a nourri l’apathie, au point parfois de nourrir des croyances limitantes telles que l’incapacité durable à agir ou l’acceptation de la défaite. 

2

La faillite du récit 

Le problème est donc la dislocation du récit singulier et la mise en échec du récit collectif qui créent une dissonance existentielle telle que l’individu a un sentiment d’effondrement. Tout s’effondre car les récits comportent trop d’incohérences et produisent désormais trop de souffrance. Le supportable d’hier devient l’insupportable d’aujourd’hui et l’angoisse de demain.  

Les tensions intérieures incessantes brisent les masques que l’individu n’a plus la force de porter car la comédie sociale et humaine n’a même plus de sens. Le désarroi et la peur prennent toute la place et nourrissent une angoisse pulsionnelle collective. 

Le collectif se sent écrasé par l’assignation carcérale du récit collectif et refuse l’incapacité à agir et la défaite comme issues. La résignation provisoire laisse alors place à la colère et à l’injonction à modifier le récit collectif pour donner de l’oxygène au récit singulier. 

L’errance du vide n’est alors plus supportable ; elle est un purgatoire dont il faut absolument se libérer pour renouer avec la perspective d’un renouvellement, d’un autre commencement où les horizons seront à nouveau ouverts. L’enjeu est donc de réparer le triptyque savoir, conviction, éprouvé pour redonner confiance en l’avenir. C’est une perte de sens à reconstruire pour endiguer la faillite du récit et stopper ce sentiment extraordinaire et partagé de gâchis. 

Personne n’a envie de se sentir solidaire d’un groupe de personnes qui se caractérisent par l’impuissance ou un prodigieux ratage. Personne ne peut accepter que son existence se définisse par le néant de tout ce qui produit de l’épanouissement existentiel : la joie, la fierté, l’optimisme, la sérénité, la force, bref, le bonheur tout simplement.   

Aussi, il faut souvent en passer par une étape de deuil, d’un projet, d’une vie, d’un récit pour aller vers autre chose de possible et d’enthousiasmant pour le temps qui reste à vivre. Tout le monde a droit à un projet intéressant ; mais alors, il faut y consacrer du temps, de l’énergie et de la volonté pour réussir à produire une issue positive et nourricière. 

Cela commence par le simple fait de s’emparer de son problème et de causer son mal, pour ensuite oser réfléchir en dehors du cadre collectif et réécrire ainsi son récit singulier, en questionnant notamment les postulats normatifs. 

Il faut ensuite mener une réflexion sur la notion de changement et d’acceptation de l’inchangé. On peut penser à cette maxime de Marc Aurèle : "Que la force me soit donnée de supporter ce qui ne peut être changé et le courage de changer ce qui peut l’être, mais aussi la sagesse de distinguer l'un de l’autre." Apprendre à se confronter à soi-même est sans doute une des clefs pour honorer la valeur du temps, mais aussi faire ce qu’il y a à faire, sans attendre la permission du récit collectif ; faire ce qu’il y à faire donc, distinguer l’urgent de l’important, et surtout renoncer à abandonner lorsqu’un changement est possible. 

La force de l’effondrement est précisément de le sublimer en s’offrant la permission de grandir, d’exister et de faire confiance, à l’appui d’un récit singulier basé sur des normes singulières, en faisant fi des tabous et des totems qui n’ont pas de sens singulier. 

Voila le chemin qui attend beaucoup d’entre nous pour renouer avec la confiance dans l’avenir et abandonner le chemin de l’amer qui, par nature, est mortifère. Seulement pour réussir, il faudra inévitablement faire face à la réalité du monde et aux transformations qui jailliront, en dehors de notre consentement ; l’enjeu étant de construire l’avenir, sans dérailler à nouveau, mais avec la conscience des échecs à venir, car il y en a toujours. L’échec est le ferment de la réussite. Les entrepreneurs savent cela.

 

Nicole Degbo

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La Cabrik est une fabrik de gouvernance stratégique et humaine qui accompagne les transformations pour relier l'économie à l'humain et est spécialiste des situations de crise de gouvernance.

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Un chef est un homme qui a besoin des autres.

Paul Valéry