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Société - Réseaux Sociaux - Emotions - Régulation - Modération - Responsabilité -

Changement 4/10

Nos émotions responsables 4

Édito — il y a 5 mois

Doit-on laisser les réseaux sociaux être le cerveau émotionnel de notre société ?

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Une régulation nécessaire 

Le 21 avril, Barack Obama, 44è président des Etats-Unis a tenu un discours offensif à l’encontre des réseaux sociaux. S’il reconnaît le rôle crucial que les réseaux sociaux ont joué dans le cadre de son élection, par deux fois, à la fonction présidentielle, il en souligne toutefois la toxicité et leur impact fondamental dans l’affaiblissement des démocraties à travers le monde. 

Il assume une violente, mais lucide charge contre la programmation des algorithmes qui valorisent des contenus inflammatoires et polarisants pour nourrir l’économie de l’attention et encourager les engagements, peu importe qu’ils se nourrissent de la haine et du ressentiment. Il fustige également le rôle des réseaux sociaux dans la désinformation, notamment avec la propagation de contenus complotistes qui tronquent le débat et installent le concept de vérité alternative. 

Dans le cadre des élections présidentielles, à quelques jours du second tour, j’ai pris la liberté de faire un post de nature politique pour encourager les gens à voter pour préserver la démocratie. Mes valeurs humanistes et républicaines sont connues, mais je n’avais jamais frontalement parlé de politique sur LinkedIn ; seulement, l’heure m’apparaissait trop grave. 

J’ai alors structuré un message rapide, avec un brin d’humour, histoire de faire quelque chose. Sur le moment, j’ai eu peur de la violence des réactions, puis très vite, le post est devenu viral. 

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Au cœur de nos émotions 

J’ai donc été surprise par l’accueil que les gens ont pu lui réserver, 

Et de manière plus générale, s’agissant de mes propres émotions, j’ai été heureuse de voir l’importance de l’engagement provoqué par ce message ; cela voulait dire que des gens étaient intéressés et se sentaient concernés. Je suis fière du résultat : plus de 13. 000 engagements, de 400 partages et de 800 commentaires ; je peux même dire que j’ai ressenti du réconfort. 

J’ai cependant aussi été perplexe d’observer l’agressivité de certaines personnes qui sont dérangées par un post politique, mais ne peuvent s’empêcher de le commenter sur un ton plus ou moins agressif ; d’autres l’ont même partagé pour s’en plaindre ; curieuse démarche, sans parler de ceux qui ont insisté, non sans agressivité, pour poster des messages systématiquement effacés dans le cadre de la modération. 

Le sujet est bien celui de la modération ; relayer une idée, accepter le débat, mais refuser l’agressivité. Pouvons-nous encourager la politesse, même si le débat est rugueux ? Et il y en a eu sous ce post, mais certains voulaient absolument en découdre là, comme s’il ne pouvait pas le faire ailleurs. 

Cette expérience m’a plongée dans les affres émotionnels des réseaux sociaux. L’égo joue bien entendu un rôle important dans le comportement des gens, mais le vrai sujet est celui de la colère. Un grand nombre de gens se sentent impuissants et manifestent le désir de se faire entendre, en oubliant que derrière chaque écran il y a un humain. Un nombre significatif de gens ne savent pas exprimer une critique courtoise. Je ne sais pas dire si cela à avoir avec la maîtrise de la langue ou juste un problème d’éducation ou de communication. Mais certaines personnes usent des réseaux sociaux comme d’une décharge émotionnelle. Ils hurlent leur frustration, sans interroger leur propre courage à agir pour changer ce qui mérite de l’être dans leur vie. Ils se montrent agressifs comme si l’autre, leur interlocuteur virtuel, était responsable de leur mauvaise humeur ou de leurs problèmes. Ils énoncent des opinions, sans toujours les corroborer avec des faits ; et, ils jugent âprement, sans conteste et sans retenue.  

Les réseaux sociaux sont le terreau de l’éprouvé ; le problème est que la haine, l’amer et le ressentiment y prennent une place grandissante. Ces gens ont l’impression d’être vus à travers les réseaux sociaux ; ils ne se sentent plus invisibilisés, sauf que les réseaux sociaux n’ont jamais eu un rôle de curation. 

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Un recadrage responsable

Mais alors comment faire si pour reprendre les termes de l’économiste Warren Bennis : «  les gens se sentent seuls avec leur douleur, les blessures, la solitude, les portes fermées, le non-dit et ce qui est dit mais pas attendu, tout ce dont il serait indécent de parler. » ?

Comment transformer cette angoisse pulsionnelle collective, qui confine à de la violence, en autre chose ? Trop de gens accusent les réseaux sociaux d’exacerber les bavardages stériles et c’est à raison, mais ce problème est indissociable de la propre violence des gens. Nous devrions nous sentir responsables et comptables de ce que nous publions. Nous pouvons juguler notre stress en utilisant les réseaux sociaux, mais nous devons le faire avec tact et délicatesse car l’addition de toutes ces déviances émotionnelles se transforme en contagion émotionnelle négative. 

Chacun d’entre nous doit donc apprendre à se discipliner pour contenir l’escalade émotionnelle et ne pas être précisément esclave de nos passions, a fortiori lorsqu’elles sont tristes. Cela passe par un travail sur la compréhension des émotions qui nous traversent et notre capacité à comprendre l’impact de nos interactions, même virtuelles sur les autres. 

Il ne s’agit pas d’utiliser une éponge magique pour nier la souffrance existentielle que peuvent ressentir un grand nombre de gens, mais plutôt de souligner que l’agressivité n’est pas la solution. 

Les choses de la vie sont parfois bouleversantes, sinon dramatiques ; la précarité, le divorce, la pauvreté, le chômage, la solitude, la santé mentale, le déclassement, la peur sont des sujets de fractures qui peuvent nourrir le ressentiment contre la société ; mais il est une vérité : les réseaux sociaux ne sont pas la solution à leurs problèmes et encore moins à leur anxiété. Aussi, quel besoin avons-nous de créer un désordre virtuel qui ne fera de bien à personne ? Pouvons-nous, un instant, penser aux externalités négatives de notre propre stress ? Pouvons-nous accepter l’idée que les réseaux sociaux ne sont pas une poubelle émotionnelle ? Et que par conséquent, les gens, même s’ils sont des inconnus, n’ont pas à subir la violence de notre intime ? 

La régulation des réseaux sociaux doit également passer par notre propre recadrage émotionnel ; rappelons-nous d’ailleurs cette phrase d’Aristote : "Tout le monde peut se mettre en colère. Mais il est difficile de se mettre en colère pour des motifs valables et contre qui le mérite, au moment et durant le temps voulus." 

À méditer. 

 

Nicole Degbo

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La Cabrik est une fabrik de gouvernance stratégique et humaine qui accompagne les transformations pour relier l'économie à l'humain et est spécialiste des situations de crise de gouvernance.

Pour aller plus loin : 

lire "Le Monde", ici.

écouter "Le code a changé", ici.

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Ne jugez pas impossible ce qui n'est qu'invraisemblable.

William Shakespeare