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Crise des gilets jaunes - Culture - France - Etat d'esprit

Individuation

Mindset

Édito — il y a 10 mois

Temps de lecture: 6 minutes

Et si cette folie collective qui saisit le pays offrait plus qu’une lecture éruptive des concepts philosophiques, économiques, sociologiques et sociaux ? Oui, et si au fond, cette colère était d’abord et avant tout une colère contre soi-même retournée contre les autres, parce que plus simple à gérer ? Et si le sujet était largement une affaire de psychologie, à travers la question du mindset ?

À bien nous regarder vivre, il n'est pas faux de dire que nous avons une vraie faille culturelle et collective. En France, nous avons 3 tropismes mentaux : la suspicion, le drame et la fatalité. Ces 3 tendances impactent négativement l'humeur du pays, jusqu'à l'entrainer vers des eaux profondes et ténébreuses. 

La suspicion

Nous avons la culture du débat ; nous interrogeons beaucoup de choses, jusqu'aux décisions du pays. Nous avons un avis sur beaucoup de choses, sans limites de compétences. Nous vivons l'héritage mélancolique des lumières ; nous réinventons le débat parfois jusqu'à la nausée, mais voilà, nous aimons batailler, déclamer, éructer même. Nous sommes un peuple du vivant. 

Jusqu'ici, tout va bien donc... sauf que nos débats se laissent souvent enfermer dans une dynamique clanique. Nous cultivons un dangereux entre-soi à tous les niveaux de l'échelle sociale. Nous dialoguons avec nos pairs sociaux, nous flattons nos éruditions en ne les soumettant pas au regard d'une pensée trop différente. 

Nous cultivons donc notre aisance cognitive, nous cultivons notre facilité à convaincre, sans effort, car en terrain intellectuel conquis, que la pensée soit rigoureuse ou non. C'est ainsi que nous entretenons une écoute biaisée par nos croyances limitantes qui nous offrent donc une magnifique occasion de tri sélectif au profit d'une confirmation de nos certitudes. 

Et, c'est là que la curiosité pourrait jouer un rôle constructif d'ouverture pour challenger notre pensée et la confronter à son sens et sa cohérence, de même qu'à sa véracité. Pour cela, encore faudrait-il aimer vraiment le débat ; pas juste celui qui flatte l'ego lorsque les interlocuteurs plient face à une force de conviction motrice et apparemment efficace. 

Non, le vrai amour du débat devrait chercher la vigueur du dialogue, sans appréhender la moindre peur d'être égratigné ; le vrai amour du débat devrait se draper dans un cogito exigeant et passionnant autant que passionné, pour que tout le monde en sorte grandi. 

Le drame

Cette ouverture en trompe-l'oeil éclaire singulièrement nos vulnérabilités collectives. Collectivement, que sommes-nous prêts à faire pour changer la donne ? Oui, quels sacrifices seraient jugés raisonnables au nom du bien commun ? 
Sensible, cette question, car une partie de la population est ancrée dans l'idée d'une égalité de confort et donc d'une fraternité dans la richesse. Et, au nom de cette idée, il faudrait créer une dynamique des vases communicants : ceux qui ont de grandes attentes auprès de ceux qui n'ont pas. Aussi, lorsque l'illusion de la machine égalitaire se grippe, le drame s'installe et s'enflamme. La colère devient furieuse au nom d'une vie qui ne serait pas juste. Oui, pas juste, car, au départ, la distribution des cartes n'est pas équilibrée. 

Comment organiser un pivot mental collectif qui consisterait à convaincre dès le plus jeune âge chaque individu de sa capacité à puiser en lui ? Comment entrainer la Nation à trouver la force qui lui manque ou dont elle se convainc de manquer pour faire face aux difficultés et surtout affronter les échecs passés et présents sans s'enterrer vivant dans une vie dont l'avenir n'aurait alors que le visage de la défaite ? 

La réponse à cette question est fondamentale, car elle pourrait changer profondément l'humeur du pays. Apprendre que la vie n'est pas réductible à son présent, que chacun peut tout perdre ou tout gagner, mais que cela exige une discipline combinée à la connaissance et la compréhension de ses limites certes, mais aussi, et surtout, de son potentiel. Comment renouer avec une culture de l'effort individuel et collectif qui viendrait signer une nouvelle tonalité de notre exigence à tous à vouloir une meilleure vie ? Car si ce n'est pas un droit, c'est pour sûr une espérance que chacun est en droit d'avoir pour soi-même et pour les siens. 

Mais cela suppose que nous acceptions collectivement de prendre des risques pour réussir, car le bonheur ou tout simplement le mieux ne vient jamais seul. 

La fatalité

L'idée générale est donc de casser le cycle de cette fatalité qui conduit émotionnellement à un nihilisme presque mécanique, car qui peut vivre en imaginant décemment une vie faite de rien ? 

Nous devons donc collectivement trouver un moyen à l'école, puis à la maison, puis au travail pour apprendre à chacun que sortir de sa zone de confort est une nécessité dans le monde qui vient, car il promet une âpreté sans nulle autre pareille. 

Nous devons apprendre collectivement à nous questionner avec plus de dureté et de lucidité ; nous devons refuser la culture de l'étiquette, car chaque expérience crée des compétences transposables dans un autre contexte. Il ne s'agit pas de dire que toutes les digues peuvent sauter ; non, le sujet est de pulvériser a minima les digues mentales pour apprendre aux uns et aux autres la puissance du rêve. Nous avons tous ce pouvoir ; oui, nous sommes à égalité dans notre capacité à rêver, mais que faisons-nous individuellement de ce pouvoir ? 

Le temps est venu de nous donner collectivement les moyens d'être vraiment et surtout mieux aux commandes de nos vies, car le péril à venir l'exige. Nous avons désormais l'ardente obligation de nous développer, sans plus attendre, et nous devons le faire avec férocité et le goût du travail bien fait. 

Nous nous devons collectivement cela pour nous sauver et surtout pour devenir une Nation apprenante qui prend son destin en main en faisant vivre un vent incroyable de liberté, une révolution de fraternité et en imaginant enfin que si l'égalité est un droit, elle n'est pas la garantie d'une vie agréable. Nous devons donc chacun construire le pont qui nous conduira vers ce point, le point B d'un confort suffisant, à l'aune de nos ambitions individuelles et collectives. 

Voilà donc un défi que nous pouvons relever, si nous décidons de dire ça suffit à la colère, ça suffit à la tragédie, ça suffit au fatalisme. 

Plutôt que de nous autodétruire, disons oui à la révolution, mais à la rev(e)olution du travail !

Nicole Degbo 

Article publié dans Les Echos, à lire ici.

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