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Emmanuel Macron - Droit à l'erreur - Réussite - Communication - Sens - France

Gouvernance

Accordons à Macron un droit à l'erreur

Édito — il y a 10 mois

Temps de lecture: 6 minutes

La figure présidentielle a été ébranlée par la crise des gilets jaunes. L'heure doit maintenant être à la réconciliation, les citoyens jugeront du bilan d'Emmanuel Macron aux prochaines élections.

À écouter les uns et les autres, il semblerait que les camps soient irréconciliables, car la France a l’air d’être divisée en mille morceaux, entre ceux qui s’en sortent déjà merveilleusement bien, ceux qui ont un espoir d’y arriver aussi et ceux qui, inlassablement, se retrouvent sur le bas côté. 

Ce décalage d’espérance entretient une éruptivité maligne face aux décisions quand la pédagogie manque. 

D’abord, il y a le biais de représentativité. Emmanuel Macron ne ressemble à personne. Il est arrivé là, à la présidence de la République, comme une comète. Peu de gens ont cru en sa victoire, mais un nombre suffisant lui a permis d’être élu dans un contexte politique marqué par un délitement anxiogène et un besoin irrépressible de changement. 

Emmanuel Macron a donc eu de la chance ; il a su saisir son moment avec une audace folle et conquérante dont peu de gens sont capables. Les commentateurs ont objectivement été mal à l’aise pour expliquer ce phénomène et en donner les bonnes clés de lecture. Cependant, en dépit de cette incompréhension, l’essentiel des observateurs s’est rallié derrière lui au second tour, car le péril était à nos portes. 

Sa singularité le rend coupable

Depuis, la concorde est terminée. Il n’y a d’ailleurs pas eu de lune de miel entre le pays et la présidence. Dès la première seconde de son élection, certains ont demandé des comptes, d’autres se sont empressés de juger tandis que l’essentiel du paysage politique s’est vu éclaté et désorienté et "enragé contre" du pouvoir perdu. 

Aussi, sa singularité le rend coupable par avance d’un prisme décisionnel à la faveur de ses partisans. Depuis le début, il souffre d’un défaut de confiance collective et cet état de fait oriente l’analyse de ses décisions. Chacun regarde le début de son mandat avec le biais qui l’arrange, mais la majorité se laisse influencer par un  biais de confirmation ; chacun traque l’argument qui va valider son opinion contre pour dénoncer la légitimité de l’homme ; chacun fait cela tout en espérant des décisions dont l’effet sera immédiat pour soi-même. 

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A contrario de ses prédécesseurs, Emmanuel Macron n’a plus le temps. Les attentes, les frustrations et les besoins du pays sont trop grands et la plaie de la désunion est béante donc il doit gouverner dans un contexte de dévalorisation temporelle où tout ce qui n’a pas d’effet immédiat est présumé inefficace. 

Pire, il est tagué "  président des riches " à l’aune des premières décisions qu’il prend. Il commence par les décisions dont on sait que les effets prennent du temps ; il poursuit avec des erreurs techniques pour boucler un budget dont la rigueur sera portée à son crédit ou à son discrédit sur la scène européenne. Trop tard ! Il est coincé dans ce coin et se confronte à l’aversion des pertes de la Nation française : chacun est prêt à perdre collectivement tant qu’il ne perd rien individuellement ; une équation impossible donc qu’il va lui falloir résoudre s’il veut retrouver le chemin d’une gouvernance possible.    

La crise de sens

Difficile de trouver le bon levier pour sortir de cette crise, car ce moment de grande vulnérabilité montre que la Nation est fracturée et au bord de l’implosion.  Le populisme avance dans le monde entier et nous y avons échappé, mais pour combien de temps ? 

Chacun aura pu entendre ici ou là, certains expliquer que leur candidate a perdu et que ce pouvoir-là étant impossible à conquérir dans les urnes, il faut organiser le chaos par la rue. 

Troublant et en même temps, pas tant que cela ; cette crise ouverte est une perte de sens, une crise de sens. Elle est une catharsis qui offre une tribune aux laissés-pour-compte qui hurlent leur désir de compter. 

Voilà des milliers de personnes qui expriment un désir de signifiance, un besoin d’avoir une vie qui ne serait pas réduite à une indifférence d’impact ; compter dans la société donc et appartenir à une communauté d’individus, au-delà du cercle familial ; compter donc et avoir le sentiment d’une vie cohérente articulée autour de valeurs propres, d’un but choisi et un sens reconnu par les tiers ; avoir l’impression donc de se réaliser pour exister et être un sujet à part entière dans le pays. 

Voilà le cri de désespoir que le Président doit entendre sans pour autant se départir de son autorité et de la dignité de la fonction.  

Le poids de la communication

Emmanuel Macron est à un moment charnière. Il doit pivoter dans sa communication pour sauver le premier jour du reste de son mandat. Il doit au moins se consacrer à deux choses : cesser de tâtonner pour trouver de manière stable le bon ton, les bonnes formules, la bonne pédagogie pour reconstruire la confiance divisée dans le pays. 

Il doute, mais le collectif doute également donc il doit être un élément rassurant pour tous. Il doit organiser une gouvernance basée sur un modèle de coopération intelligent et équilibré. Il doit diriger en intégrant la fébrilité émotionnelle du pays et réformer en créant certes des liens, mais en créant également des ponts porteurs de responsabilités. Il doit consacrer les prochains mois à reconstruire le dialogue démocratique plutôt qu’à viser l’atteinte de ses objectifs ; il doit faire cela pour organiser la désescalade émotionnelle du pays. 

Dans le même temps, il doit faire comprendre l’adéquation possible entre les besoins du pays et ceux des individus individuellement. Il doit expliquer que des sacrifices seront nécessaires et dire, en transparence, lesquels pour que l’hystérie cesse. Il doit gagner en clarté dans sa psychologie du "en même temps" pour que les spéculations négatives et paranoïaques cessent. 

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Nous sommes des êtres d’émotions, mais nous sommes aussi des êtres de raison. Il doit trouver le chemin de faire renaître le potentiel de bienveillance collective du pays en présentant une vision claire et juste des choses. Il doit montrer sa face humaine, celle qui lui est précisément déniée et le collectif doit baisser la garde pour accueillir cette part d’humanité que chacun possède pour écouter, entendre et comprendre que l’on peut être différent et comprendre l’autre, pas nécessairement émotionnellement parlant, mais au moins intellectuellement. 

Cette réciprocité est nécessaire, car nulle démocratie ne peut survivre avec un peuple qui hurle sans rien vouloir céder, au prix du chaos. Personne ne peut demander de la considération sans en donner. Nous devons collectivement apprendre à évoluer de l’égoïsme vers l’altruisme. Que ceux qui ont reçu avant les autres montrent l’exemple pour que les concessions accordées ne soient pas vaines. 

Nous devons par ailleurs accepter que nous soyons près de 68 millions d’habitants et que nous ne puissions pas trouver de consensus satisfaisant pour tous. Les besoins, les aspirations, les frustrations et les histoires sont trop divers. Les perdants politiques doivent montrer enfin de la décence plutôt que d’encourager la destruction du lien fragile qui menace de rompre, mais qui nous unit encore. Nous devons catalyser nos différences vers un but commun.   

Le droit à l’erreur

Enfin, pour sortir de cette crise, nous devons accorder au président un droit à l’erreur. L’erreur n’est pas fatale, car chacun sait  qu’il faut rater pour apprendre , identifier les pièges à éviter et réaliser pas à pas, étape par étape, son potentiel. 

Emmanuel Macron se trompe comme tout le monde ; cette crise est un violent feedback dont nous pouvons imaginer qu’il saura en faire quelque chose tant sa trajectoire ne montre pas seulement une capacité à exercer son talent, mais aussi une flexibilité mentale certaine. 

Si nous aimons notre pays, nous devons lui souhaiter d’avoir appris après cette période exploratoire ; nous devons lui souhaiter d’avoir compris l’incompréhension face à ses choix pour réajuster le tir. Nous devons lui souhaiter de retrouver la force, l’assurance et le leadership pour diriger sans manquer pour autant d’humilité et d’empathie. 

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S’il s’enfermait dans un mécanisme d’erreur persistante, la fureur serait légitime, mais avant, nous devons lui accorder un droit à l’erreur, ce droit que nous espérons tous quand nous commettons des erreurs pour lui offrir une chance de nous rassembler. 

Nous aurons bien la liberté de faire d’autres choix lors des prochaines élections, mais, en attendant, donnons-nous le temps de la miséricorde avant que de tout perdre. 

Nous sommes les héritiers du siècle des Lumières, prouvons-le et cessons de mettre toutes les outrances à la une pour amuser le peuple. Ce n’est pas un jeu, sinon un jeu dangereux.

Nicole Degbo 

Article publié dans Les Echos, à lire ici.

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