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Compétences _ Travail _ Reconnaissance _ Statut _ Management _ Gouvernance

Rev(e)olution

Je suis ce que je fais

Édito — il y a 7 mois

Temps de lecture: 3 minutes

Qu’est-ce qui définit la valeur d’un individu ? Ce qu’il est ou ce qu’il fait ? Ce qui est essentiel est ce que représente un individu.

Que dit de nous notre rapport aux diplômes ? Quelle est notre préférence culturelle ? Préférons-nous faire confiance à celui qui sait théoriquement ou à celui qui fait concrètement ? 

Un exemple : préférons-nous confier notre vie à un chirurgien, qui a fait les meilleures écoles, a passé une partie de ses premières années à faire des conférences et débute dans la pratique de la médecine ? Ou préférons-nous confier notre vie à un chirurgien qui a étudié avec passion dans des établissements modestes, à défaut d'avoir les moyens de faire autrement, et qui pratique depuis 10 ans avec des résultats qui lui permettent aujourd'hui d'avoir une excellente réputation ? 

Pour certains, le choix sera évident, mais pour d'autres, le choix sera cornélien, car il s'agira de choisir entre un statut social attribué ou acquis, autrement dit entre l'image sociale de l'un, ou les réalisations de l'autre. Cette manière de poser le débat pose en creux la question de la légitimité. Il interroge sur notre conception culturelle de la réussite et donc de la confiance. 

En France, nous avons cette étrange manie d'introduire les individus en mentionnant l'école d'origine comme préalable ; cette pratique est étrange et interpelle différentes personnes issues d'autres cultures : les Anglo-saxons, les Nippons et d'autres. L'étonnement vient du fait qu'à l'évidence, assez rapidement dans la vie professionnelle, la nature des diplômes confère seulement un avantage de départ ; il assure une fiabilité plus ou moins grande de la qualité d'un enseignement ; il met en relation des personnes d'un même corps et accélère ainsi la dynamique de réseau ; l'avance s'arrête ici, car ce qui compte ensuite est la performance du réel, soit la mise à l'épreuve pratique de la vie professionnelle : la nature des défis confiés et relevés et la réalité des réalisations. 

Plus de tour de passe-passe pour utiliser les uns et les autres comme Cheval de Troie et rayonner ; non, ce qui est essentiel est l'épaisseur de l'expérience, la transformation des connaissances, la manière dont chacun utilise sa matière grise pour créer de la valeur et éventuellement changer la donne. Particulièrement aujourd'hui, le profil bon élève, premier de la classe, n'a que peu d'importance s'il ne sait que régurgiter des connaissances qui restent à l'état de connaissances. La combinaison des deux est un avantage certain dans la vie, car elle permet de gagner du temps. Mais, à choisir entre l'un ou l'autre ? Quel est le bon choix ? 

Notre culture est statutaire, donc par nature, les Français sont attachés au statut social. Il y a quelque chose d'ancien, de traditionnel et de rassurant à faire confiance à l'image. Mais qu'est-ce qu'une image ? Le temps n'est-il pas venu d'interroger cette pratique pour donner la priorité à l'expérience ? Nous avons un certain goût pour le rêve américain ; ce champ des possibles qui nous vient d'outre-Atlantique est un merveilleux souffle d'audace, d'imagination et de permission. Il dit que celui qui trouve le chemin de ses rêves peut sortir de sa condition sociale. Ce mythe qui continue de prospérer par-delà les années fait la peau au déterminisme social. Vrai ou faux, peu importe, il vient gainer le mental de ceux qui croient dans l'idée que celui qui gagne est celui qui fait. 

Steve Jobs, Mark Zuckerberg, Michael Dell, Xavier Niel, Gérard Mulliez, Alain Affelou, etc. ; leur profil est très différent ; leur chance dans la vie était au départ très variable, mais la passion et la puissance de leur cerveau par-delà les études ou leur absence de diplôme leur dont donné la confiance nécessaire pour défier l'écosystème, casser les codes, faire différemment et in fine influencer le monde. Et aujourd'hui, parce qu'ils ont réussi, ils représentent un mélange de statut attribué et acquis, mais cet acquis repose sur des raisons de croire ; cet acquis repose sur la preuve de l'expérience ; aussi, le storytelling qui accompagne leur introduction à tel ou tel évènement fait l'impasse sur le diplôme et personne n'en meurt. 

Je dirais même plus, rien n'est manquant, car ce qui est pertinent est l'ici et maintenant. Ce qui est essentiel est ce que représente un individu. Le diplôme témoigne d'un parcours de vie, mais en aucune manière du degré d'intelligence d'un individu. Certains échouent dans le circuit scolaire, car l'enseignement tel qu'il est pratiqué en France les a perdus ; d'autres échouent, car leur précocité n'est pas diagnostiquée et alors l'ennui habite les bancs de l'école ; d'autres encore ont des capacités inouïes, mais la misère sociale et/ou familiale vient ruiner leur concentration à rester mobiliser dans les études ; d'autres sont juste perdus. Mais cela ne préjuge en rien de la valeur et encore moins de l'intelligence d'un individu. 

Dans nos mots, nous parlons d'inclusion, dans nos mots nous parlons d'égalité. Alors, je dis qu'il est temps de donner un sens à ces mots pour apprendre à reconsidérer l'identité professionnelle d'une personne. Je parle d'une petite révolution qui, en réalité, va changer la nature des interactions dans le pays. Si chacun se regarde à l'aune de ce qu'il fait et non plus de ce qu'il est au nom de ses origines sociales, je pense que nous serons tranquillement au début d'une rev(e)olution road sans bruit, mais avec fureur.

Nicole Degbo 

Article publié dans Les Echos, à lire ici.

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