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Convention citoyenne - Ecologie - Economie - Education - Transformation - Imagination - Michelle Obama - Mercedes Erra - Elon Musk - The Boring Compagny - Washington Post - Nicole Degbo - Travail - Innovation - Société -

Convention citoyenne

Écologie vs Économie ?

Édito — il y a 3 mois

Voilà pourquoi l'écologie peut faire rayonner l'économie.

Tout d’abord, je suis "écolo", mais pas radicale. 

Je respecte mon environnement naturel, jusqu’aux humains. Mais, je suis également très intéressée par la chose économique ; je suis curieuse des écosystèmes et dans le cadre de mon métier, j’ai décidé d’être aux côtés des uns et des autres pour réinventer des modèles de croissance. 

Alors, comme une majorité de citoyens concernés par la chose de la Cité, j’ai lu la synthèse des propositions issues de la Convention Citoyenne. J’ai déjà entendu certains la railler en parlant d’écologie punitive ; c’est sans doute un raccourci, mais c’est un peu cela quand même. 

J’ai donc regardé la structure du panel ; certaines catégories sont surreprésentées, (50+ ans, communes appartenant à un grand pôle, retraités, île-de-France), mais surtout, le panel ne précise pas les compétences économiques des uns et des autres. Il y a un support composé d’institutionnels, d’académiques, de politiques, mais les entreprises, acteurs concernés en premier chef, ne sont pas représentées. 

Comment construire un plan qui trouverait un équilibre à l’intersection de l’économie et de l’humain, de l’écologie et de l’humain, de l’écologie et de l’économie ? 

Comment intégrer les enjeux de transformation sans vision simpliste, dogmatique ou naïve des véritables sujets qui sont en jeu ? Comment casser les silos écologie vs économie ?

Une autre chose me frappe, c’est la dimension rétrécie de l’éducation, de la transformation et de l’imagination dans la structure des propositions.

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Éducation 

Par exemple, la question de l’alimentation et plus spécialement des cantines manque d’ambition : un bonus de 10 centimes par repas pour les petites cantines bio et locales pendant 3 ans ; l’ambition aurait pu être de créer un écosystème avec un réseau d’agriculteurs et/ou de fournisseurs directs au bénéfice du goût et du localisme ; mais, ce n’est pas suffisant, il faudrait encore changer la structure des cuisines dans les écoles pour renouer avec la cuisine de produits frais avec le recrutement de chefs mutualisés dans un rayon géographique raisonnable.

Nous le savons et la crise du COVID-19 n’a fait que le confirmer, des milliers d’enfants se nourrissent décemment grâce à l’école. Aussi, pourquoi ne pas en profiter pour développer une vraie politique de bien manger, à l’instar de Michelle Obama, lorsqu’elle était Première Dame ? 

De même, pourquoi pénaliser toutes les entreprises dès lors qu’elles sont à même de verser plus de 10 millions de dividendes ? Et si parmi elles, nous avions des chantres de l’économie responsable dont les actions sur le terrain participent proactivement à la transition économique et sociale, serait-il légitime de les pénaliser en les invitant à payer cette taxe de 4% ? Et pourquoi ne pas imputer ce malus aux entreprises ouvertement passives ou négligentes sur le sujet ?

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Transformation

En matière de transformation, il y a également d’autres choix possibles. 

Pour poursuivre sur l’alimentation, nul n’ignore que l’agriculture est en souffrance depuis de nombreuses années ; aussi, pourquoi ne pas imaginer un modèle économique et sanitaire plus intelligent et qui permettrait aux agriculteurs de vivre ? La ferme des 1.000 vaches n’est pas la solution ; les animaux stressés développent des maladies ; les pesticides sont utiles, mais également nocives ; le rapport transactionnel entre les distributeurs et les producteurs n’est pas équitable ; par ailleurs, les agriculteurs ne devrait pas dépendre de la PAC pour (sur)vivre. L’agriculture doit trouver sa place en ville et s’organiser pour stopper les gaspillages et notamment la destruction de tonnes de produits agricoles. L’heure est donc venue de reconstruire de A à Z une filière dont le processus de mort lente n’a que trop duré.

Il faut lutter contre le plastique, mais la crise du COVID-19 montre bien que pour des raisons sanitaires, la solution n’est sans doute pas le vrac généralisé ; il va donc nous falloir imaginer autre chose.

Autre sujet, plutôt que de couper la climatisation en-deçà d’une température de 25°, pourquoi ne pas imaginer une ingénierie qui favoriserait l’implémentation, a fortiori pour les nouveaux ouvrages, d’une climatisation dotée d’une intelligence artificielle qui permettrait l’arrêt du système de climatisation, été comme hiver, dès lors qu’une pièce est vide ? Et pourrait-on développer le chauffage à hydrogène ou autre technique verte, pauvre ou neutre en carbone ? 

Quant à interdire la publicité au nom du bien commun, c’est une étrange idée. Nous devrions au contraire, encourager les acteurs du secteur à fabriquer des publicités qui racontent des histoires magnifiques sur l’économie responsable pour développer l’éthique du consommateur et surtout ringardiser les champions récalcitrants des externalités négatives.

Et pour reprendre les récents propos de Mercedes Erra, cofondatrice de l’agence BETC, « cela va être très gênant s’il n’y a que les entreprises françaises qui ne peuvent pas exprimer ce qu’elles font. »

Notons enfin qu’un pays qui finance autant de jours de congés, RTT inclus, permet un droit de grève illimité et un âge de la retraite anticipé par rapport aux pays voisins, et encore plus au monde, ne devrait pas réfléchir à travailler moins, mais plutôt à travailler mieux. Les entreprises doivent investir dans la gouvernance pour réconcilier la France avec le travail et les citoyens doivent sans doute apprendre à faire des choix pour apprécier davantage leur métier ; sans doute faut-il imaginer moins de carrières hasardeuses et donc accompagner mieux chaque travailleur dans la jungle de l’emploi et convaincre les plus fragiles qu’ils ont des leviers pour ne pas se laisser enfermer dans une assignation socio-culturelle et qu’il y a des méthodes pour travailler mieux.

La crise du COVID-19 a favorisé le télétravail aux dépens des transports, mais à la faveur de la pollution numérique ; l’empreinte carbone des voyages a été remplacée par la pollution numérique ; l’e-commerce n’a jamais autant incarné le concept de boutique virtuelle, au prix de la pollution numérique ; le local s’invite certes de manière plus concrète dans les débats au point de requestionner la chaîne de valeur de la production, mais le grand gagnant de cette séquence, c’est la pollution numérique. Et qui a calculé le coût de cette pollution numérique ? Personne. 

Ainsi, tous les secteurs doivent faire face à des enjeux colossaux de transformation, à commencer par la culture, les médias, la mode, l’aérien, la mobilité, l’éducation, les assurances, la banque, la finance, l'industrie et bien d’autres métiers. Et clairement, transformer et imaginer, sont les deux faces d’une même pièce ; il s’agira tout de même de trouver la bonne combinatoire entre intelligence humaine et intelligence artificielle. 

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Imagination

L’économie de transition devrait offrir d’innombrables possibilités au marché pour se réinventer. La guerre contre les embouteillages et par capillarité contre les voitures en est un bon exemple. La proposition parle de réduire le kilométrage et d’augmenter le malus pour les véhicules polluants.

Tandis que nous stigmatisons certains usages, aux Etats-Unis, Elon Musk, grâce à son entreprise The Boring Company, vient de remporter un appel d’offres pour creuser un tunnel sous Chicago pour lutter contre les embouteillages et développer des navettes électriques autonomes et à grande vitesse.

L’enjeu ne devait pas être de punir, mais d’imaginer un nouveau modèle de mobilité via les airs, la terre et l’eau, en particulier urbain, en cessant d’opposer les choix des uns aux autres et en pensant à l’intelligence des usages selon le contexte professionnel ou personnel.

Le choc des violences policières aux Etats-Unis pose en creux la question du racisme subit par les afro-américains. Depuis, de nombreux acteurs économiques se sont positionnés pour dénoncer le racisme, mais le Washington Post agit et imagine une autre voie : il vient d’annoncer le recrutement de 12 personnes dans la rédaction pour répondre à l’urgence de documenter les questions raciales, de diversité et les inégalités aux Etats-Unis soit un Managing Editor for diversité and inclusion dont le rôle sera de veiller à ce que les questions raciales et d’identité soient bien prises en compte dans les récits du journal et partie prenante aux processus d’embauche et de promotion, 3 journalistes au sein d’un « America Desk Editor » en charge de manager la couverture des questions raciales et d’identité, un Race in America writer dédié aux questions raciales et d’identité pour le journal, un Writer on America and multiculturalism dont le travail sera de se concentrer sur les récits autour d’une société à prédominance multiculturelle, un journaliste supplémentaire pour la newsletter « About us » désormais publiée deux fois par semaine, un journaliste supplémentaire d’enquête « sécurité nationale » spécialisé sur les sujets de terrorisme, incluant les groupes extrémistes et leurs partisans dans l’armée et la police, l’internationalisation des groupes d’extrême droite et le soutien financier au nationalisme blanc, un poste de journaliste en justice pénale dédié à l’administration de la justice aux Etats-Unis (réforme policière, administration pénitentiaire, conditions d’incarcération, conditions de sortie et de réinsertion des détenus), un journaliste « style » dont la mission sera de raconter les évolutions culturelles des Etats-Unis, un journaliste spécialisé climat et environnement qui fera un focus sur les inégalités environnementales, le risque pollution pour les communautés et la manière dont celles-ci trouvent des solutions, un journaliste supplémentaire sciences/santé qui se concentrera sur les inégalités en matière de santé, l’impact du racisme interpersonnel sur la santé, un poste de photojournaliste avec une expérience de couverture des questions raciales et d’identité, un rédacteur en chef supplémentaire pour renforcer la couverture sur le site ; en matière de ressources humaines, un poste de directeur Diversité et Inclusion est créé pour améliorer l’équité du processus de recrutement ; la DRH lance par ailleurs un programme interne de formation continue « les biais inconscients » qui devra être suivie par tous les rédacteurs en chef, services gestionnaires, mais aussi les membres de la direction. Enfin, pour assurer la traçabilité de l’action et des progrès, le journal annonce la publication annuelle d’un rapport sur la diversité pour l’ensemble de l’entreprise. 

Les décisions prises par le Washington Post montrent qu’au-delà de l’indignation, il est nécessaire d’agir et que l’action ne saurait être réductible à une déclaration contre le racisme ou l’annonce de recrutement de personnes noires. Ce journal crée une opportunité de s’illustrer dans cette période critique de l’histoire. En France, un grand nombre de rédactions sont sinistrées, licencient et tardent à mener une vraie réflexion pour changer de modèle. En attendant, certains médias osent vendre un article un euro pièce sur internet avec par ailleurs de trop grandes attentes relatives aux droits voisins.

L’économie responsable va devoir trouver une manière puissante de se raconter pour créer une émotion et, mieux encore, un engagement réel et durable.

Nous dépensons beaucoup d’énergie à agir pour nous protéger de l’innovation des autres ; nous distribuons les bons et les mauvais points sino-américains et, pendant ce temps, le monde imagine un autre monde. Si nous voulons con(mp)ter, nous allons devoir nous réveiller et inventer autre chose pour faire entendre notre voix.

Sans doute qu’un dialogue entre la Convention Citoyenne, la commission des 26 économistes créée par Emmanuel Macron, une délégation des entreprises représentant les acteurs de toute taille et différents secteurs, notamment les plus exposés à la transition écologique, des acteurs politiques de toutes les colorations ou presque, aurait été plus abrasif, plus difficile aussi, mais certainement plus pragmatique et constructif dans l’élaboration d’une liste de propositions innovantes et partagées, mais sans compromission sur l’objectif.  

Nicole Degbo

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