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Travail - Diversité & Inclusion - Talent - Compétences - Équité - Égalité - Quotas - Affirmative action - USA -

Diversité & Inclusion

Un goût de fausse note

Édito — il y a 1 année

Jusqu'où aller trop loin avec la symbolique en matière de diversité et d'inclusion ?

1

Le talent d’abord

TÁR est un film sur l’excellence et le parachèvement. Cate Blanchett y est sublime d’intensité et de justesse. Elle est le film et presque de tous les tableaux. Elle irradie de virtuosité et de maîtrise du rythme, du geste et de la musicalité du scénario. C’est un film d’auteur qui tourne autour d’un personnage complexe qu’elle joue avec beaucoup de subtilité et, en même temps, de présence. On l’oublie, au profit du personnage, tout en admirant son accomplissement en tant qu’actrice. Elle s’impose avec force et un « je ne sais quoi » de fragilité qui provoque un attachement et une indulgence pour le personnage qui se fissure lentement, mais sûrement, montrant ainsi ses tourments et sa sensibilité. C’est un film qu’on a envie de revoir et qui pourrait être un objet de débat de société dans les écoles et dans les entreprises car le travail est un personnage du film. 

Le personnage, justement, est inspiré d’une personne qui existe et qui n’a pas aimé le film dont le synopsis parle de harcèlement à l’ère des réseaux sociaux et de « MeToo ». Elle dénonce un film anti-féministe alors qu’il n’en est rien. C’est un film de genre, mais ce n’est pas un film sur le genre. 

Le film raconte l’ambition et le besoin d’accomplissement ; il montre sans ambiguïté l’immense exigence nécessaire pour être à ce niveau : EGOT. C’est une partition duale entre l’inévitable attente de perfection et d’humanité qui met le personnage en tension. On la sait inaccessible, mais on la veut accessible. On la veut authentique, mais on condamne sa vulnérabilité. 

Cate Blanchett explique qu’elle s’est entraînée avec un véritable orchestre pour réussir à incarner une harmonie visuelle par souci de crédibilité. Elle devient à l’écran un chef d’orchestre vibrant. C’est réussi ; on y croît. 

Elle livre les doutes qui l’ont traversée et la manière dont Todd Field lui a donné de la force et de la confiance, en croyant viscéralement en son talent. 

Le talent, précisément, c’est bien de cela qu’il est question. Le film est rondement bien mené. Il questionne les tendances de l’époque : réseaux sociaux, harcèlement, pouvoir, cancel culture, role model, écriture inclusive, etc. Il met également en scène la fragilité d’une réputation. Le film est un point de vue qui peut être contestable, mais dont on ne peut nier le travail et le talent. Or, c’est précisément ce qu’il s’est passé. Le film a été ignoré ; beaucoup y voient une justification politique. 

2

Le piège de la symbolique 

Aussi, est-il pertinent de questionner l’équité d’une récompense dont le fondement n’est pas le jeu, mais l’enjeu symbolique de la diversité et de l’inclusion.  

Est-ce à dire que Michelle Yeoh ne méritait pas d’avoir une récompense ? C’est difficile à dire. Le film aux 7 oscars « Everything Everywhere All At Once » est un succès populaire et générationnel, mais il n’a fait aucun bruit. En revanche, Michelle Yeoh elle-même s’est fendue d’un post sur Instagram pour dire que Cate Blanchett n’avait pas besoin d’une troisième récompense car le monde entier est au courant de son talent. Ce message rapidement effacé - car contrevenant aux règles de l’Académie - pose une vraie question : celle du rôle d’une récompense. 

La symbolique doit-elle prendre le pas sur la performance ? Il semblerait que personne n’ose dire que Michelle Yeoh a eu une meilleure performance que Cate Blanchett. C’est la raison pour laquelle beaucoup de gens disent que l’Oscar de Cate Blanchett lui a été volé, au nom de la diversité et de l’inclusion sur fond de wokisme et de cancel culture. 

Michelle Yeoh n’a très certainement que faire de ses critiques car son but est atteint : elle a la reconnaissance de ses pairs, enfin à 60 ans. 

Seulement était-ce juste en fin de compte ? Est-ce qu’une cérémonie dédiée au cinéma doit faire de la politique ? Et si oui, quelles sont les limites de la symbolique vs la performance réelle ?

L’affirmative action est un outil de régulation des injustices. Michelle Yeoh semble dire qu’elle n’a eu ni la carrière, ni les rôles qu’elle méritait. Cet Oscar représente donc énormément pour elle et sa famille. Elle y voit une validation de tous les efforts endurés, sans jamais rien lâcher. Ses efforts sont à saluer et méritaient sans doute d’être récompensés, mais fallait-il que ce soit avec une récompense que méritait objectivement une autre ? Pourquoi l’Académie n’a-t-elle pas osé offrir deux Oscars ou créer, en dépit du règlement, une autre catégorie ? 

La déception, sinon la tristesse, se lisait sur le visage de Cate Blanchett et de manière plus générale, TÁR méritait au moins une récompense pour sanctionner la qualité remarquable du film. 

3

La politique de l'inclusion punitive

Quand nous voulons voir de la politique au cinéma, nous allons voir des films politiques. Nous n’allons pas voir des films pour qu’ils soient ensuite passer à la paille de fer du regard politique d’un jury, sauf à être sa vocation. Ce n’est pas juste pour les films et ce n’est pas rendre service à une cérémonie dont l’objet est de célébrer le cinéma dans sa diversité, la qualité de la performance générale et spécifique, en particulier. 

Le propos n’est pas de dire que « Everything Everywhere All At Once » ne méritait aucune récompense, mais plutôt que priver TÁR de toute récompense est un acte de pure mauvaise foi.  

Cate Blanchett a eu un mot récemment pour dire que la nature même de ce type de compétitions devait changer de modèle pour aller vers quelque chose de plus bienveillant et de moins agressif. Elle a sans doute raison, même si gageons que nous ne l’entendrons pas avoir un mot pour mettre en cause la récompense de Michelle Yeoh. L’ironie du sort est que les autres le font pour elle, tant l’inéquité saute au yeux, au prétexte d’égalité. C’était son meilleur rôle et elle surpassait ses adversaires. 

Il est essentiel de revenir aux fondamentaux artistiques, à l’image des compétitions sportives : le meilleur doit gagner, sans que cela empêche les quotas ou tout autre dispositif d’affirmative action. Ce n’est pas le principe qui pose question, mais la manière de réparer les injustices. La difficulté est de ne pas en créer d’autres, à peine de retourner l’approche contre elle-même. 

À l’heure où les politiques Diversité & Inclusion occupent pour partie l’agenda des entreprises, veillons à pratiquer le genre avec une intelligence sensible pour éviter de créer du ressentiment, aux dépens de l’harmonie d’une politique d’inclusion bien pensée. L’inclusion peut être symbolique, mais elle ne doit pas être punitive. 

 

Nicole Degbo

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La Cabrik est une fabrik de gouvernance stratégique et humaine qui accompagne les transformations pour relier l'économie à l'humain et est spécialiste des situations de crise de gouvernance.

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