#AskLaCabrik

*
*
*
*

Les informations recueillies via ce formulaire par La Cabrik ont pour finalité le traitement de votre demande d’informations. Tous les champs sont obligatoires pour traiter votre demande. Dans le cas où, ils ne seraient pas remplis, votre demande ne pourra pas être traitée. Conformément à la loi Informatique et libertés, vous disposez d’un droit d’interrogation, d’accès, de rectification et d’effacement de vos données personnelles, ainsi que d’un à la limitation et d’opposition au traitement de vos données. Vous pouvez exercer ces droits en formulant une demande à l’adresse suivante contact@lacabrik.com. Pour plus d’informations, vous pouvez consulter notre politique de protection des données personnelles accessible via l’onglet Conditions Générales d’Utilisation de notre site.

REAIX 2023 - Rencontres Economiques Aix-En-Provence - Economie - Humain - Social - Technologies - Afrique - Récession - Education - Démocratie - Spatial - Financements - Industrie - GAFAM -

REAIX 2023

Un état d’urgence tranquille

Édito — il y a 9 mois

Agir ou nous auto-détruire ? Il n'y a pas de plan B.

1

Un air de tranquillité   

L’édition 2023 des rencontres économiques d’Aix étaient très loin du tumulte du pays et finalement du monde. La maison brûle disait Jacques Chirac, à Aix, nous pouvons dire que chacun avait presque conscience du feu ; le problème est une histoire de distance. Certains se sentent déjà brûlés par le feu, tandis que d’autres pensent que le feu est une menace et que le monde aura le temps de prendre une lance d’incendie pour arrêter les flammes. 

Ces écarts expliquent cette impression d’urgence tranquille avec laquelle les uns et les autres parlent de la temporalité des actions et par capillarité, de la radicalité des décisions à prendre, avec l’appui éclairé d’acteurs engagés, mais sérieux, dans leur domaine. En effet, tout le monde parle de coalitions ; mais lesquelles ? Il serait temps que les collaborations soient relutives plutôt que de nourrir des narratifs surinvestis pour parler d’une transformation en trompe-l’oeil. 

De quoi cette tranquillité est-elle le nom ? Sans doute que le "quoi qu’il en coûte" a donné un sentiment de sécurité trop important à des acteurs qui auraient dû être fragilisés par la crise sanitaire, puis par l’inflation ? Nous parlons d’une facture de plus de 240 milliards d’euros, hors les 100 milliards d’euros du bouclier tarifaire. 

Cela se traduit par une bonne santé économique des entreprises françaises, et plus spécialement par une hausse du chiffre d’affaires de l’ensemble des industries, et des marges EBITDA qui ont retrouvé leur niveau d’avant la pandémie. Cependant, nous pouvons constater un ralentissement de la croissance des bénéfices. 

Ces résultats ne devraient pas détourner notre attention car seulement 43% des entreprises déclarent que les moyens alloués à la politique RSE de leur entreprise sont suffisants pour atteindre les objectifs fixés, tout en affirmant, dans un même temps (83% des entreprises interrogées), qu’elles considèrent leurs objectifs RSE comme à la hauteur des enjeux environnementaux et sociaux actuels. Où est la cohérence ? 

Dans un autre registre, il est prouvé qu’une organisation à double focale de gouvernance (économique et humain) est plus performante et plus résiliente qu’une organisation focalisée sur les résultats, conventionnelle ou focalisée sur le développement des collaborateurs. Et bien, en dépit de tous les grands discours, cela ne concerne que 2% des grandes entreprises françaises. 

2

Le fracas du monde

Le problème de la tranquillité est qu’elle ne concerne pas le monde entier. L’Afrique est au carrefour de mille contradictions et au centre d’un monde qui vieillit. L’éducation, la santé, les technologies, le climat, la démographie, les enfants et les femmes sont d'ores et déjà des défis planétaires pour l'Afrique et le monde.

Dans ce contexte, la question de la dette africaine est un sujet structurel pour l’Afrique certes, mais pour le monde. Idem pour le quorum des sièges africains dans les institutions mondiales (FMI, Banque Mondiale, G20, etc.). En 2050, l’Afrique comptera plus de deux milliards d’habitants dont une majorité de jeunes. Aussi, il n’est pas sérieux qu’elle regarde son destin décidé par les autres, au prétexte qu’elle manque d’argent et d’autres fondamentaux essentiels. 

Patrick Pouyanné a affirmé très clairement et avec une absence totale d’ambiguïté que l’énergie est régulé par l’offre et la demande. « Il n’y a pas de prix d’amis » a-t-il affirmé avec force. Tenons-nous le pour dit car le monde est au-devant de tensions politiques sans précédent dont la complexité sera aussi grave que la redéfinition des lignes à travers le leadership technologique qui impliquera un nouvel état des forces militaires, sur fond de polarisation démographique qui posera, en creux, la question de l’avenir des pays et des équilibres géographiques.

Quant au climat, les débats s’accélèrent au point de réfléchir, désormais non sans gravité, à l’assurabilité des risques qui deviennent de plus en plus certains. C’est clairement le modèle assurantiel qui est à revoir avec l’enjeu de l’égalité de la protection dont le coût sera inévitablement à la hausse, et ce de manière exponentielle au cours des prochaines années.   

Ainsi, comment négocier les nouveaux équilibres et à quelle vitesse surtout ? Quelles sont les vraies fausses bonnes idées ? Quelles sont les acteurs à éviter ? Quel est le pacte de croissance soutenable que chaque pays doit impérativement négocier pour avancer par-delà les populismes ? Comment traiter les sujets majeurs, sans polariser les esprits et polariser les catégories sociales ? Comment investir dans l’éducation si nous négligeons l’égalité ? Comment résoudre les contradictions de consommation et d’achat ? Jusqu’où la réglementation peut-elle aller trop loin ? Enfin, vers quel humanisme vert les démocraties peuvent-elles converger pour assurer un équilibre entre l’économie, l’écologie et l’humain ? Quel type de modèle serait-il susceptible de faire consensus ? 

3

L’inclusion et l’innovation en état d’urgence  

Il y a deux urgences, plutôt trois : la première est d’avoir un narratif mondial accessible à tous pour raconter le monde qui vient ; à force de ne pas comprendre, le séparatisme social grandit et devient le plus grand ennemi de l’inclusion et de l’innovation. Les esprits se radicalisent sur la base de peurs non-éclairées, quand bien même elles seraient légitimes, alors qu’il y a des solutions qui méritent d’être partagées et financées. 

Le monde va devoir équiper les plus vulnérables d’un code de confiance pour oser prendre des initiatives, même et surtout non-conformistes, refuser l’assignation socio-culturelle, affronter les défis du monde, sans vulnérabiliser plus que nécessaire sa santé mentale. Et cela passera inévitablement par un travail méthodique et ambitieux sur l’égalité des chances. L’ère des rustines est révolue. Maintenant, il faut viser plus et viser haut, avec des normes d’excellence. 

Les femmes et les minorités visibles ou invisibles méritent mieux que d’être érigées en cause. Ce sont des citoyens qui méritent de penser leur destin, avec l’inégalité naturelle de la vie, ni plus, ni moins. Il faut arrêter de perdre du temps avec des programmes "vite fait, mal fait" qui donnent l’illusion que les choses avancent, alors qu’il n’en est rien. Les principaux sujets sont l’indépendance financière, l’emploi, l’égalité de genre, la lutte contre les discriminations, les violences faites aux femmes, l’éducation, la lutte contre les fake news, etc. Nous devons mener sans délai une révolution culturelle en faveur de l’ouverture et de la tolérance face à la différence, et cela passe par fissurer la culture de l’entre-soi qui rend volontairement opaque la compréhension des règles du jeu. Nous devons vouloir réussir et, pour cela, manier à la fois des mesures incitatives et coercitives car à force de ne pas punir, les progrès boitent. 

S’agissant de l’innovation, la France, à travers l’Europe, doit conquérir sa souveraineté dans les domaines industriel, technologique, spatial, agricole, médicale et technologique. Nous devons apprendre à comprendre les rêves des autres, sans les railler, car cela ne sert à rien et n’avance à rien. Nous aurons d’autres pandémie et il y aura d’autres guerres, mais il est à peu près certain que nous n’aurons plus les moyens d’un quoi qu’il en coûte. Notre responsabilité est de nous préparer à la survenance de ces incertitudes. En cela, l’innovation est un recours nourrit lui-même par l’inclusion. Nous devons imaginer, innover et aller plus vite, en catalysant notre imagination commune pour explorer de nouveaux chemins. 

Nous progressons vers le nucléaire net-zéro, nous innovons dans le domaine industriel, et plus spécialement dans les technologies vertes qui favorisent la production à bas carbone. Nous devons accélérer dans la définition et la mise en oeuvre d’une stratégie européenne des métaux rares, à l’instar des Etats-Unis qui sont obligés de reconnaître l’avance indéniable de la Chine sur le sujet. Nous devons réfléchir à des scénarios d’anticipation des guerres de l’eau et des terres rares. 

Enfin, nous allons devoir prévenir les fractures technologiques ; les peuples vont vivre l’avènement de cette révolution de manière très variable et clairement cela sera un facteur très important d’inégalités. Le débat sur les impacts des technologies sur l’humanité est sans fin : création d’emplois, destruction d’emplois, opportunités pour l’homme, menaces pour l’homme. Il y aura toujours des pour et des contre, des optimistes et des pessimistes. L’histoire nous montrera bien assez tôt où le curseur de la réalité doit être. 

Il reste à parier que l’avenir se conjuguera dans "l’urgence du long terme" et avec la promesse quasi certaine de "la tragédie des horizons" pour reprendre les expressions respectives de Denis Kessler et Marck Carney. Nous ne pourrons trouver de l’espoir que dans l’action, celle d’une intelligence collective et inclusive qui incarne l’esprit de "forces for change". 

 

Nicole Degbo

-

La Cabrik est une fabrik de gouvernance stratégique et humaine qui accompagne les transformations pour relier l'économie à l'humain et est spécialiste des situations de crise de gouvernance.

Partager

Quand le moment est venu, l'heure est arrivée.

Raymond Barre