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Relier l'économie à l'humain - La Cabrik - Société - Entreprises - Education - France - Citoyens - Enjeux - Action - Gouvernance - Innovation - Europe -

Relier l'économie à l'humain

Édito — il y a 1 semaine

"Nous devons agir. Nous devons agir vite." Franklin Delano Roosevelt

« Quand le peuple se lassera de son droit constitutionnel à amender son gouvernement, il exercera son droit révolutionnaire à démembrer et renverser ce gouvernement. » Cette citation d’Abraham Lincoln est glaçante de vérité. Voilà pourquoi nous sommes dans l’urgence vitale de relier l’économie à l’humain et cela passe par trois fondamentaux : relier les informations, relier les enjeux, relier les actions. 

1

Relier les informations

Jamais, depuis la Cinquième République, le pays n’avait semblé si désorienté ; c’est comme si nos repères avaient disparu ; nous ne savons plus comment incarner notre devise républicaine ; peu de gens croient encore en l’égalité, à peine en la liberté et la fraternité s’est dissolue dans la souffrance, les insultes, l’insécurité matérielle ou psychique et le ressentiment. 

Nous sommes en panne d’un récit national suffisamment inspirant pour embarquer tout le pays. Actuellement, peu de français aspirent à la même France ; il y a la France des gens qui croient en l’avenir, celle de ceux qui n’y croient pas ou plus et celle de ceux qui veulent la détruire. Est-ce irrémédiable ? J’ai la faiblesse de penser que non. En revanche, cela va demander un effort considérable pour recréer du lien et je dirais même plus, de l’affection ou du respect entre ces différents cercles qui se méprisent avec défiance. 

Voila donc un chantier considérable qui doit s’entreprendre de manière méthodique, en commençant par relier les points ; sans cela, il n’y aura ni compréhension, ni confiance et d’ailleurs ni conscience de ce qui est nécessaire. Et, il est vrai qu’il faudrait que nous ayons collectivement la force morale de faire ceci sans populisme et donc sans tromper les gens parce que cela semble facile d’enjamber le réel pour satisfaire les attentes d’un peuple fragile qui n’a plus confiance en lui au point de se mépriser parfois à force de désespoir et de dénigrement. 

Et tout le monde a un rôle à jouer ; la famille, l’école, l’état bien-sûr, les médias et les entreprises. La famille doit adresser la question existentielle et celle des ressources pour donner aux siens les moyens de faire des choix libres, conscients et si possible exigeants ; l’école doit développer les ressources intellectuelles des élèves et des étudiants pour comprendre l’état du monde et en décrypter les enjeux. L’état doit s’illustrer par une gouvernance remarquable pour inscrire le pays dans une dynamique de développement stable et durable, tout en réduisant certaines vulnérabilités des plus fragiles tels que le droit à l’éducation, le droit à la non-discrimination, le droit aux soins, à la justice, au travail et à la retraite ; c’est son pacte social avec les citoyens.

Les médias sont le quatrième pouvoir ; ils ont le pouvoir d’apaiser ou d’hystériser le pays selon la manière qu’ils choisissent d’informer. Il y a des bonnes et des mauvaises nouvelles, mais choisir de polariser l’attention sur les mauvaises nouvelles au risque de déformer la réalité et nourrir la peur pour faire de l’audience est un choix et une responsabilité qui, aujourd’hui, semble sans conséquence en termes de déontologie. Les entreprises, sans se substituer aux autres parties, devraient assumer leur rôle politique.

Les entreprises devraient (re)penser le contrat social qui lie l’entreprise aux collaborateurs et rigoureusement éclairer les équipes quant aux mutations sectorielles et métier du monde qui auront tôt ou tard un impact sur leur présent et leur avenir ; faire cela devrait impliquer de préparer les collaborateurs à être prêts à faire face aux changements plutôt que de les subir. 

Si chacun se remet à jouer consciencieusement son rôle, il est imaginable de penser que les fausses informations soient en repli car multiplier les sources sans conflit d’intérêts favorise l’objectivité des informations. Il s’agirait également d’apprendre aux uns et aux autres à donner un sens aux informations à travers des débats intelligents et abrasifs si nécessaire ; se disputer au sens philosophique du terme permet d’apprendre à penser, à confronter les interprétations des données pour se forger une opinion. Un fait peut signifier différentes vérités à partir du vécu des uns et des autres qui peut changer, jusqu’à un certain point, le regard sur les choses. Le souci est de veiller à ne pas sortir du terrain de la rationalité. 

Cet exercice d’éducation et de pédagogie est une première manière de lutter contre le ressentiment car comprendre le réel est un moyen pour ne se pas se sentir écrasé par quelque chose d’insaisissable.  

2

Relier les enjeux 

Nos réalités intergénérationnelles ne devraient pas nous détourner du bien commun pour le pays ; aussi, nous avons collectivement et plus que jamais le devoir de refaire un monde qui se défait. 

L’égalité est un droit qui ne garantit pas la symétrie des vies ; de fait, les disparités sociales fracturent le pays et alimentent le découragement. Il y a donc quelque chose à reconstruire du côté de l’émancipation économique des personnes et les entreprises et l’état ont un rôle à jouer en la manière ; les entreprises en changeant leur regard sur le potentiel et les parcours, sans renoncer à l’exigence, mais en élargissant le cercle de l’entre-soi qui appauvrit l’entreprise au lieu de la grandir pour favoriser l’inclusion à tous les niveaux de l’entreprise. L’état en protégeant les plus fragiles et en leur donnant les clefs pour comprendre les règles du jeu du marché du travail et en punissant sévèrement les entreprises qui ne jouent pas le jeu et violent la loi et par capillarité la constitution. Nous n’avons pas besoin d’un nouvel arsenal législatif pour améliorer la situation sociale des équipes ; il suffit d’une volonté stratégique portée par la direction générale et déployée par les ressources humaines ; c’est l’exemple de Michelin qui vient de définir un minimum de salaire au-dessus su SMIC, en parlant de rémunération décente. 

Sans être trop bavarde, il ne serait pas incongru d’avoir une émission qui raconte l’état du monde et éclaire les français sur les interactions entre la géopolitique et la politique. Beaucoup de gens ne font pas les liens et ont le sentiment d’être brutalisés par le monde, sans comprendre qu’il y a également des avantages à vivre dans un monde plus global. Pour exemple, en dépit des nombreuses polémiques, la mutualisation économique et la coopération mondiale a permis à un grand nombre de pays de sortir du covid avec des dommages graves, mais réduits. Peu de pays avaient les moyens de faire face à ce virus inconnu avec ses ressources propres. Les français ont profité du chômage partiel sans se demander comment il avait été financé ; idem, les entreprises ont globalement tenues, avec des faillites circonscrites à un niveau minimum et encore une fois, les salariés n’ont pas questionné les implications économiques du plan de relance à l’échelle européenne. 

Les enjeux climatiques ne cessent de fracturer le pays et crée deux clans : les tenants de la décroissance vs les innovateurs. Or, il est probable que l’équation soit hybride et embarque les solutions les plus intelligentes des deux approches. Et le numérique sera une partie de la solution ; nous devrons toutefois veiller à ce que notre consommation digitale ne devienne pas un autre problème. Et justement, la question du digital est un enjeu extraordinaire à piloter car c’est un outil susceptible d’augmenter l’humain et en même temps, un moyen de disrupter des industries et de remplacer les hommes. Il ne s’agit pas d’avoir peur, mais de piloter avec lucidité les enjeux au lieu de nous préoccuper de manière déraisonnable d’une régulation qui consomme beaucoup d’argent et produit assez peu d’idées. C’est facile de réglementer quand on est un acteur crédible autour de la table ; c’est plus compliqué de le faire quand on occupe le strapontin du consommateur. 

En plus de l’économie, le climat et la démographie deviennent des causes-racines des migrations et aucun barbelé ne saurait empêcher ce mouvement d’espoir dont le confluent est le désir de vivre. Nous pouvons également parler des terres rares qui sont à l’origine de guerres qui entrainent le déplacement des peuples. Ces enjeux diffractent notre sécurité et méritent une conversation intelligente et non-caricaturale, en dépit de la tentation d’instrumentaliser les conséquences pour créer de l’insécurité et un sentiment de dépossession des pays d’accueil. 

Nous sommes face à des enjeux colossaux qui demandent des investissements vertigineux. L’enjeu climatique cumulé à celui des terres rares implique une réflexion sérieuse sur notre consommation. Il y a un besoin de financement dans les énergies renouvelables et en même temps un pivot comportemental doit être réalisé au quotidien et par tous : les entreprises, les familles et l’état. Non seulement nos quotidiens peuvent être redéfinis, mais il y a également des solidarités à imaginer pour compenser la fragilité sociale d’une partie du pays. 

Le réchauffement climatique accélère la fréquence et le gigantisme des catastrophes naturelles. L’assurance est certes une industrie, mais elle ne pourra pas continuer d’assurer aveuglément donc il est normal que des clauses d’exclusion désormais en vigueur soient en lien avec les politiques de prévention mises en oeuvre. C’est le choix fait par AXA. 

Ces enjeux doivent être pensés de manière globale, à l’aune des relations entre le nord et le sud ainsi que des responsabilités respectives et dont les impacts réduisent les marges de manoeuvre des uns et des autres. Cela nécessite une réflexion en matière de gouvernance pour planifier et organiser l’action dans une logique d’efficacité, de simplification et bien entendu de financement ; certains financements peuvent adressés plusieurs enjeux dès lors que l’action est articulée.

3

Relier les actions

La tâche est immense. Nous devons relier l’information et les enjeux pour gagner la confiance des peuples et réussir l’action. 

C’est vital car nous avons besoin d’une place européenne des capitaux pour financer la transition et l’innovation. Jean Tirole, économiste, rappelait qu’il n’y a aucune start-up européenne dans le top 20 de la tech et des start-up ; Christine Lagarde, Présidente de la BCE, rétorquait que c’est une demi-vérité car les entreprises de la tech européenne changent de nationalité pour lever plus de fonds. Pour exemple, il y a 46 fondateurs français de licornes américaines (valorisation de plus d’un milliard de dollars). 

Il est fondamental de nous réinventer car notre vision du business est inadaptée aux enjeux de demain et cela fragilise encore plus notre modèle social déjà à bout de souffle. Nous le savons et parce que la qualité du débat public est médiocre, chacun fait mine de ne pas comprendre qu’il nous faudra travailler plus longtemps car l’espérance de vie a gagné 40 ans depuis la création du régime de retraite ; qu’il nous faudra adopter la retraite par capitalisation avec une bonne régulation pour augmenter le niveau de la retraite ; qu’il nous faudra arrêter de persécuter les politiques avec notre politique actuelle de la transparence car cela incarcère les gens dans des trajectoires qu’ils ont envie de quitter et décourage les plus talentueux de mettre leur savoir-faire au service du pays. Et c’est ainsi que nous nous retrouvons avec un personnel politique de faible qualité qui ne peut pas se renouveler et nous condamne à l’insatisfaction alors que nous devrions avoir une équipe de top gun pour imaginer un futur désirable. 

Nous n’aurons pas d’autres choix que d’embrasser et de financer le numérique car il recompose les lignes du leadership mondial sur tous les terrains : économique, monétaire, paiement, investissement, santé, militaire, climat, éducation, information, sport ; notre responsabilité sera d’éduquer et de former afin de réduire le taux d’illectronisme. La transition digitale ne peut pas réussir sans les gens, à peine de fracturer la société toute entière. C’est certes difficile pour certains d’accepter cette réalité, mais c’est inéluctable car le monde entier y va, sans nous demander la permission ; donc nos vies seront impactées de gré ou de force.  

Nous devons impérativement réinventer notre modèle avec lucidité et ambition, mais avant, nous devons résoudre nos dilemmes. À écouter ceux qui ne détiennent pas le capital, il faudrait basculer vers un régime néo-communiste pour mieux répartir la valeur tandis que ceux qui ont le capital souhaitent rester dans un régime capitalisme, tout en étant conscients qu’il a besoin d’un reboot humaniste. 

Adresser le débat honnêtement et correctement est vital car il n’y aura pas de business dans le chaos et il n’y aura pas de transition sans concorde pour reprendre l’expression respective de Sanda Ojiambo, Sous-Secrétaire générale et Directrice Executive du Pacte mondial des Nations Unies et de Pascal Demurger, Directeur Général de la Maïf. . 

Nous devons également faire consensus autour de l’idée que pour rebâtir un idéal, il nous faudra le financer en créant de la valeur et cela passe par le travail. Il est impératif que les citoyens reconquièrent le désir du travail tandis que les entreprises doivent réfléchir de manière plus exigeante à la manière de créer de la sécurité, de l’appartenance et de l’épanouissement à travers le travail. Ce n’est pas difficile à faire, c’est une réflexion stratégique et humaniste qui aurait le mérite de bouger rapidement les lignes avec peu d’investissements. 

Et tout ceci mérite d’être pensé dans une partition globale et c’est le travail de la gouvernance : cadrer l’action stratégique et opérationnelle dans un temps court, moyen et long terme et avec la collaboration de toutes les parties prenantes et sans rien céder à l’ambition et aux valeurs.

Il est crucial de refaire le monde et il va sans dire que nous aurons besoin d’argent et de toutes les bonnes volontés pour y arriver. Enfin, ce sera aussi affaire d’état d’esprit donc je finirais avec cette phrase pleine de sagesse de Maya Angelou : «  à cause des routines que nous suivons, nous  oublions souvent que la vie est une vaste aventure et plus tôt nous le réalisons, plus vite nous parviendrons à en faire une œuvre d’art : apporter toutes nos énergies à chaque rencontre, rester assez souple pour remarquer et admettre quand ce à quoi on s’attendait n’est pas arrivé. Nous devons nous rappeler que nous sommes des êtres créatifs et que nous pouvons inventer de nouveaux scénarios aussi souvent qu’ils sont nécessaires. » 

 

Nicole Degbo 

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La Cabrik est une fabrik de gouvernance stratégique et humaine qui accompagne les transformations pour relier l'économie à l'humain et est spécialiste des situations de crise de gouvernance.

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