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Transformation - Cinéma - Innovation - Créativité - Expérience client - Netflix -

Nouveau modèle

Refaire le cinéma

Édito — il y a 1 mois

Refaire le cinéma avant que le cinéma ne se défasse.

Manifester sous les ors de la République ne suffirait pas à réveiller le cinéma. Il est fort à parier que des états généraux non plus. 

Le cinéma est en crise ; et pour le moment, les seules remarques formulées sont contre les clients : pourquoi boudent-ils les salles ? Ils vont se lasser de Netflix et revenir en salle ! Et juste après le confinement, nous pouvions entendre : « un masque, et puis c’est tout ! » 

C’est étrange comme le temps offert par le covid n’a poussé ni les uns, ni les autres, à questionner l’offre cinéma. La réalité est que le cinéma est plongé dans une agonie lente depuis très longtemps ; et cela avait déjà commencé tranquillement et silencieusement avec les home cinéma. Alors, est-ce une fatalité ? Clairement non ! 

Mais alors quel est le problème ? Le cinéma meurt de son entre-soi autocentré. Je dois reconnaître que je n’ai pas apprécié que la grande famille du cinéma ne sache pas reconnaître que les mesures du gouvernement ont été très protectrices pour la profession. Quel autre pays a fait mieux ? Quant au spectacle tragique des césars, il a été un naufrage de complaintes malvenues, sinon indécentes. 

À bien écouter la vindicte populaire, il y a désormais au moins 3 catégories de non-clients : 

ceux qui punissent le cinéma d’avoir joué le jeu de la sécurité sanitaire ; et je crains qu’il soit difficile d’agir sur ce terrain pour le moins irrationnel ;

ceux qui privilégient les plateformes ; et c’est une large partie du lot dont je fais partie. Je dois dire que créer mon entreprise a redéfini mes priorités et mon temps. Cependant, pas un film n’a créé chez moi une envie pressante d’aller au cinéma pour vivre un grand moment. Il y a comme une panne inspirationnelle, entre blockbusters et films d’auteur ; et, il y a un espace très large et inégal de films improbables ou à peine satisfaisants. Très souvent, en découvrant des affiches de films ou des bandes-annonces, je me dis à moi-même que je ne comprends pas ; je me demande pourquoi et comment un financement a-t-il été obtenu ;

il y a aussi ceux qui seraient prêts à y aller, mais ne sont emballés par aucun film ;

Les plateformes, et Netflix en tête, font bien le job to be done : nous divertir avec une palette de création très variée, allant des films aux documentaires, en passant par des mini-séries qui renouvellement le genre. Aussi, plutôt que de blâmer les clients, la profession devrait questionner son industrie et son ouverture. Trop de scénarios manquent singulièrement d’imagination et sont d’une banalité ennuyeuse. 

Avec Netflix, nous voyageons dans le monde ; chaque série devient un long film qui fait perdre la notion du temps aux quatre coins du monde. il y a des interviews, des documentaires comme "The last dance" avec Michael Jordan, des films variés sur le féminisme, des vieux films, et des nouveaux films, des angles iconoclastes, des talk-shows. Netflix, c’est un monde à porter de cliques. C’est la possibilité de tuer une œuvre qui ne tient pas ses promesses ; c’est une évasion domestique, une pause cathodique, une expérience à part entière. 

Alors, il est plus que temps que le cinéma français arrête de se regarder le nombril, sans poser les bonnes questions ; ce n’est pas une question de prix ; c’est une question d’offre. Faire glisser la discussion sur le coût d’un billet est ridicule car Netflix sera toujours moins cher car la plateforme est à domicile, tous les jours. 

En revanche, il n’est pas incongrue de commencer par challenger les exploitants de salles ; dans mon souvenir, à l’exception de quelques salles, le confort et l’hygiène ne sont pas au rendez-vous ; le calme n’est par ailleurs pas garantie. Alors, pourquoi en passer par-là alors que quelques mois plus tard, les films sont disponibles à la diffusion, "at home" ? 

Ces dernières années, le cinéma a manqué de générosité ; les acteurs, les réalisateurs, les producteurs faisaient leur tournée promotionnelle dans les médias, en assurant toutefois quelques premières, sans penser que tisser un lien avec la salle est essentiel et de nature à faire la différence avec une plateforme justement. 

Aucun effort n’a été fait pour repenser l’expérience client ; au contraire, l’offre s’est effondrée tant au niveau de la qualité des films que de la palette de jeu. Nous avons perdu de grands acteurs, mais ils n’ont pas été remplacés ou peut-être n’arrivent-ils pas à percer ? Donc il s’agirait impérativement de reconnaître que le cinéma français est à bout de souffle ; un nouveau modèle est à inventer et une réflexion est nécessaire pour des films qui porteraient une diversité nouvelle (sociale, ethnique, culturelle, etc.), non pour le principe, mais parce que cela ouvriraient singulièrement le champ des possibles. Il y a, à l’évidence, un enjeu de curiosité, d’imagination et de budget quoique ce dernier point est plus relatif. Par exemple, aurions-nous pu voir au cinéma "Le Jeu de la Dame" ? Il est très probable que non : jeu élitiste et confidentiel ; acteurs inconnus ; et pourtant, l’histoire a passionné les foules. Le cinéma manque désormais de nez. 

La grande famille du cinéma doit gagner en humilité et réinventer le demain de l’industrie du cinéma. Le sujet est aussi vertigineux qu’il est passionnant. Et clairement, La Cabrik serait heureuse d’y participer. 

 

Nicole Degbo, cinéphile contrariée 

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La Cabrik est une fabrik de gouvernance stratégique et humaine qui accompagne les transformations pour relier l'économie à l'humain et est spécialiste des situations de crise de gouvernance.

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Montaigne