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Le Club Les Echos Engagement Responsable - Philippe Zaouati - Mirova - Sébastien Raspiller - Direction Générale du Trésor - ISR - ESG - Finance responsable - Bas carbone - Impact - Innovation -

Le Club Les Echos Engagement Responsable

Recherche impact désespérément

— il y a 5 mois

La finance veut-elle changer le monde ?

Sans faire le serment de ne pas nuire, l’ISR s’engage à contribuer à transformer la société ; le GIIN définit les investissements à impact comme étant ceux réalisés dans l'intention de générer un impact social et environnemental positif et mesurable, parallèlement à un rendement financier. Cette définition, très générique, laisse une large place à l’interprétation, mais est toutefois en cohérence avec les grands axes définis par les 17 objectifs de développement durable de l’ONU qui s’articulent globalement autour de l’ESG avec une vision sociétale en plus (bas carbone, recyclage, localisme, santé, égalité, éducation, travail, mobilité, droits humains, démocratie) ; soit un champ d’intervention immense pour espérer apporter une réponse globale à une crise globale. 

En dépit d’un grand nombre de progrès sociétaux et d’une baisse significative des guerres, des famines, des pandémies, de la mortalité infantile, le monde est en train de se gripper. Quelque chose ne fonctionne plus et agite la colère des peuples. 

Les citoyens veulent plus, ils revendiquent leur droit non seulement à un travail, mais à une vie décente selon des critères culturels très différents. Les enjeux écologiques réveillent par ailleurs les consciences de par le monde, mais avec des priorités variables selon le point du globe.  

Et la finance au milieu de tout cela est souvent désignée comme la coupable à abattre car les marchés financiers sont amoraux ; pour exemple, Wall-Street vient de plébisciter les 100 jours de Joe Biden à la Maison Blanche, mais ils avaient fait de même avec Donald Trump. Les marchés financiers ont un biais universel : ils ambitionnent des gains, sans aucune patience et avec gourmandise. C’est ainsi qu’ils réagissent souvent, sinon toujours positivement à l’annonce de plans sociaux, de la mise en œuvre de politiques de réduction des coûts, de projets de fusion-acquisition bien ou mal ficelés, etc. 

Tout ce qui a vocation à protéger la marge opérationnelle est salué à grand renfort de hausse par les marchés financiers. La pression du court terme est donc un enjeu du quotidien des entreprises cotées. Cependant, toutes les entreprises ne sont pas cotées et d’ailleurs certaines d’entre elles font le choix de sortir de cotation, mais elles ne sont pas légion. Voilà qui souligne implicitement les avantages des modèles de gouvernance du secteur ESS qui a structurellement un rapport au profit différent et a de fait les coudées franches pour diriger dans un temps long, en mettant un certain nombre d’enjeux notamment humains au cœur des préoccupations. Mais est-ce suffisant ? Le statut juridique d’une entreprise est-il à ce point décisif pour réussir une politique ISR digne de ce nom ? Aujourd’hui, le statut d’entreprise à mission permet-il de contenir le réflexe haussier des bénéfices favorisé par les marchés financiers ? Le départ d’Emmanuel Faber, ex-Président-Directeur Général de Danone, murmure que non.  

Au commencement, il faut une stratégie, une intention, une ambition. Il faut par ailleurs être au clair avec l’impact recherché : jusqu’où doit-il aller ? À quel point l’ISR doit-il s’approprier également des enjeux politiques ? L’établissement de normes pour offrir une vision commune à l’international est une chose évidemment utile dès lors que nous ne tombons pas dans une logique d’enfermement guidée par une tentation totalitaire et morale. Il est probable qu’aucun acteur ne sera exemplaire sur l’ensemble des critères, certains essaieront, mais la plupart choisiront un axe d’expertise pour s’illustrer en agissant de manière concrète. 

Mais peut-on changer de manière significative la finance, sans modifier de manière existentielle l’approche de notation financière ? Il y a beaucoup de réflexions sur l’extra-financier et il est temps d’accélérer la structuration de ce regard complémentaire pour encourager les acteurs et donner progressivement envie aux marchés financiers d’analyser les résultats autrement, avec une vision plus holistique qui s’inscrirait par ailleurs dans le long terme. Sinon, il est fort à parier que nous n’assisterons qu’à des soubresauts de changements dans le monde. 

Le sujet est bien holistique car un très grand nombre d’investissements actuels soutiennent des modèles économiques basés sur les plateformes technologiques. La raison est simple : ce sont des entreprises dont l’activité peut être scalable. Et la possibilité de multiplier la mise par 𝒙 suffit à drainer la majorité des investissements vers ces activités, au détriment de l’ancienne économie, même si on peut saluer des initiatives telles que celle de la Tech For Good. Mais, en dépit de l’impact, le résultat sera à l’évidence une création d’emplois non seulement maîtrisée, mais minimaliste, à l’instar de Tesla dont la capitalisation boursière est de 680 milliards de dollars pour un peu plus de 70 000 salariés vs le Groupe Renault qui compte environ 1 700 000 collaborateurs dans le monde pour une valorisation de l’ordre de 10,2 milliards d’euros. Et c’est mécanique, le digital crée des emplois, mais limite la perspective des volumes d’effectifs auxquels nous étions habitués et cela change de manière significative l’art du travail qui se digitalise à toute vitesse et encore plus depuis la crise sanitaire. Ainsi, dans le monde entier, outre l’émergence d’un nouveau prolétariat technologique, nous allons avoir des millions de travailleurs qui vont devoir mettre en perspective leur employabilité et organiser leur changement à marche forcée pour éviter l’obsolescence programmée de leurs compétences.  

D’un autre point de vue, regardons Space X, à l’origine d’une prouesse technologique sans précédent : la fabrication de fusées réutilisables. Nul ne peut douter de l’impact écologique majeur de cette innovation. Cependant, l’entreprise est régulièrement raillée pour ses pratiques de gouvernance et il va sans dire que les modes de travail chez Space X ne seraient pas applicables en France tant le travail est un labeur d’une extrême créativité et dureté. Alors, pourrait-on, en dépit de ces deux vulnérabilités, qualifier un investissement chez Space X d’ISR ? La réponse à cette question sera un indice de la trajectoire d’innovation que nous acceptons de soutenir et de financer. L’ISR doit financer le changement dans le monde, mais dans quel ordre ? Pour réussir, nous devrons indéniablement regarder le monde en face et en comprendre les mutations futures dont certaines sont déjà en marche, pour réussir à conjuguer réalisme et idéalisme afin d’inventer, sans angélisme, une nouvelle société soutenable (et idéalement moins brutale). 

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Nicole Degbo 

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