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Changement - La Cabrik - Narratif - Histoire - Faits - Vérité - Travail - Emploi - Société - Climat - Santé mentale - Citoyens -

Changement 10/10

Nos illusions artificielles 10

Édito — il y a 5 mois

"Nous sommes notre propre chagrin, nous sommes notre propre joie et nous sommes notre propre remède." Huseyn Raza

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Une question de narratif 

Récemment, j’ai lu la phrase suivante : « si une histoire est signifiante pour les gens, alors ils la croiront vraie. » Il s’agit donc d’utiliser le pouvoir des histoires pour faire en sorte que les faits importants prévalent. 

Ce point est important car il permet de mieux comprendre la polarité de nombreux débats. La compréhension et l’interprétation des faits vont influencer de manière fondamentale l’histoire racontée et, au fond, entendue. Sauf que la concorde sur les grands enjeux de transformation est importante car de là vont dépendre les choix acceptés par la société, et, de fait, par les travailleurs, à travers les changements initiés par les entreprises. 

Il y a une forme de poésie dans cette histoire de narratif ; seulement, il y a bien un danger manifeste : celui de nier les faits qui structurent le socle d’une vérité relative ; et de la vérité relative à la vérité alternative, il n’y a désormais plus qu’un pas. 

Alors, comment transformer correctement les entreprises et la société, si nous ne sommes collectivement pas d’accord sur les faits qui sont censés être très structurants pour poser les termes du débat ? 

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Une version des faits 

Un grand nombre de faits ont et auront un impact majeur sur la gouvernance des entreprises et la compréhension des mutations du travail. 

À l’évidence, la digitalisation du travail s’accélère ; les nouvelles technologies redéfinissent inlassablement les frontières du travail, en supprimant les tâches pénibles et rébarbatives, mais en allant aussi de plus en plus loin dans l'autonomie d’exécution, se rapprochant ainsi dangereusement des possibilités humaines. Sous cette influence technologique, d’ici 2025, 97 millions de nouveaux emplois vont apparaître, tandis que 85 millions d’emplois vont être déplacés. L’offre et la demande d’emploi va en renforcer la dimension géographique, aggravant alors la tension du marché mondial des talents, des compétences et, de manière plus générale, de la productivité, jusqu’à la compétitivité. 

Ces tensions vont êtres exacerbées par la situation démographique mondiale ; en 2040, nous serons 9,2 milliards d’être humains dont près de 25% de plus de 65 ans dans un grand nombre de pays avancés, tandis que plus d’un tiers de la population d’Afrique subsaharienne aura moins de 15 ans en 2040, contre seulement 14% de la population d’Asie de l’Est. Ainsi, l’Asie et l’Afrique seront un gisement de forces vives pour le monde entier dans un contexte de très grande fragilité sociale nourrie par une précarisation exponentielle dont une des causes racines sera les gains de productivité à grande échelle de l’intelligence artificielle. 

Et, la perspective des flux migratoires pour le travail est renforcée par la crise climatique. En dépit des rapports du GIEC, la planète devient plus chaude et nous sommes face à notre échec collectif à organiser rapidement les changements nécessaires pour juguler la pression thermique qui expose le monde à de forts dérèglements. 

Par exemple, la fonte de l’Arctique provoque un réchauffement dangereux de la planète qui s’exprime par l’observation de conditions météorologiques extrêmes à travers le monde (vagues de sècheresse, tempêtes, inondations, tornades, tremblements de terre, éruptions volcaniques, etc.), la dégradation des terres, une raréfaction de l’eau qui en questionne l’usage, la pollution, la perte de biodiversité, et tant d’autres dégâts. 

Mécaniquement, ces sujets mettent au cœur du débat l’augmentation de l’insécurité alimentaire, l’apparition de nouveaux virus ou bactéries, les menaces pour la santé humaine, et bien entendu la dette des pays pauvres, sans oublier la fébrilité géopolitique, sources de potentiels conflits militaires. 

Naturellement, l’ensemble de ces tensions vont avoir une influence défavorable sur les maladies mentales dont le coût économique pour la société est d’ores et déjà estimé à plus de 16 milliards de dollars (eco-anxiété, pollution, perte d’emploi et de revenus, etc.). 

La survenance probable de nouvelles crises sanitaires à laquelle s’ajoute l’interdépendance des économies nous obligent à acter certaines vérités. 

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Le sens d’une vérité

Le changement sera permanent, sans pitié et rien ne pourra l’arrêter. Le monde entier est donc acculé au changement et le clivage sera entre ceux qui agiront vs ceux qui nieront le réel, ceux qui auront les moyens d’agir vs ceux qui seront contraints en termes de ressources, et enfin les volontaristes vs les autres : ceux qui temporiseront l’effort, rendant ainsi les changements futurs plus violents. 

Il y aura à l’évidence des tensions renforcées sur l’emploi qui obligeront les travailleurs à se réinventer constamment ; la mobilité des compétences, l’apprentissage, la reconversion professionnelle seront des sujets de régulation importants. 

Inévitablement, le cumul des enjeux relatifs à l’emploi, aux nouvelles technologies et à la démographie auront un impact sur notre modèle social, et notamment la retraite. Et l’évidence même sur le fait de retarder l’âge du départ ne sera plus un sujet. 

De la même manière, la démographie et la crise climatique vont peser de manière extraordinaire sur la santé mentale des citoyens, notamment des plus jeunes et des plus âgés, entraînant ainsi un risque de santé exceptionnel à anticiper pour ne pas être pris au dépourvu par le coût économique sans précédent. 

Par ailleurs, que ferons-nous si la planète se réchauffe plus vite que prévu et devient de moins en moins assurable ? Comment vivrons-nous dans un monde de risques augmentés avec des protections non seulement plus complexes, mais moins étendues ? 

Et, comment arriverons-nous à apaiser les angoisses grandissantes d’une population qui, à défaut d’avoir participé activement au changement de sa propre vie, subira ceux imposés brutalement par la société ? Et comment notre pays réagira-t-il si, à force de retarder les échéances, à coup de débats irrationnels et mensongers, nous gaspillons un temps que nous n’avons plus, au risque de devoir choisir trop souvent entre les règles du jeu américaines ou chinoises ? 

Notre responsabilité collective n’est-il pas de regarder les faits et d’en tirer les significations essentielles et indiscutables pour tenter d’imaginer des réponses pragmatiques, exigeantes et créatives pour non pas défaire le monde qui vient, mais essayer de faire dérailler les déviances qui pourraient nous dénaturer de manière profonde et irrémédiable ? 

Nous allons vivre dans un monde en tension et beaucoup d’entre nous n’en supporteront pas la violence permanente, a fortiori dans un environnement qui sera, par ailleurs, plus volatil, incertain, complexe et agile que jamais.  

Notre décence commune est, de toute urgence, de cesser de perdre notre temps avec nos illusions artificielles pour regarder la brutalité des faits, du présent et de l’avenir, pour entreprendre, sans délai, les changements impératifs afin d’assurer notre souveraineté, à travers la durabilité des entreprises, la sécurité des citoyens, notamment à propos de l’emploi et des revenus, et le soft power du pays. 

Le sujets sont complexes, mais nous pouvons les adresser. Nous devons juste trouver la bonne histoire à raconter pour sublimer les faits et surtout engager les cœurs, les cerveaux et les mains sur le chemin étroit d’une transformation vitale. Et c’est la catalyse de nos histoires qui raconte  « soi », « nous » et « maintenant ».

Alors, vous êtes prêts pour la rév(e)olution ? 

 

Nicole Degbo

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La Cabrik est une fabrik de gouvernance stratégique et humaine qui accompagne les transformations pour relier l'économie à l'humain et est spécialiste des situations de crise de gouvernance.

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Montaigne