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Travail - COVID-19 - Grèves - Gilets Jaunes - Vacances d'été - Licenciements - Crise économique - Contrat social - Syndicats - Dialogue social - Raison d'être - Purpose - Gouvernance -

Travail

L'impeachment du travail

Édito — il y a 3 mois

Quelle est notre préférence pour le présent ?

Nous ne sommes ni au Liban, ni au Brésil, ni à Haïti ; pourtant, notre pays est jalonné de conflits sociaux qui offrent au visage du monde notre insatisfaction chronique.

Très récemment, Courrier International titrait : "Une économie au fond du trou, une jeunesse privée de perspectives, une classe politique jugée incompétente et corrompue, et des dérives judiciaires inquiétantes." L’espace d’un instant, j’ai crû que nous étions en France, tant nous nous sommes habitués au French bashing.

Le problème est qu’à force de nous persuader de vivre un enfer, on perturbe le travail.

Depuis plusieurs mois, un grand nombre de travailleurs sont empêchés. Après les gilets jaunes, nous avons eu les grèves contre la réforme des retraites, puis maintenant la COVID-19 et les vacances d’été.

Tandis que l’État a trouvé le chemin de l’argent magique, la France se repose avant d’attaquer septembre qui connaîtra simultanément la reprise économique, la vraie, si le virus ne l’emporte pas au paradis, et nos désormais sériels mouvements sociaux qui nous rappelleront que décidément, la France n’est pas contente.

Alors, viendra le sujet de la cohérence. Comment reprocher à une entreprise de tenter de sauver sa peau quand le travail est si malmené ?

Le déconfinement aurait difficilement pu être organisé plus tôt, sans exposer inutilement nos vies. Mais, à l’exception des métiers rigoureusement empêchés par la loi, sans doute qu’un grand nombre d’entreprises auraient pu organiser le travail autrement plutôt que de risquer la paralysie dans l’attente des annonces gouvernementales.

Je dois l’avouer, je suis inquiète. Je suis inquiète car dans notre pays, des millions de gens ont besoin d’un travail pour vivre et pourtant, à force de se sentir maltraités, démoralisés par le manque de sens du travail, dévalorisés par le manque de reconnaissance de leur travail et d’avoir ce mal de vivre, ils ne cessent de faire sécession.

Le travail est utile, mais depuis trop de mois, il est maltraité par les uns, désertés par les autres et au milieu, une foule d’artisans, de commerçants, de professions libérales, d’entrepreneurs et bien d’autres métiers jouent la variable d’ajustement. Nous leur demandons d’être compréhensifs depuis trop longtemps, seulement, aujourd’hui, plus personne n’a de réserve.

Il va donc nous falloir négocier ce virage de septembre avec beaucoup d’intelligence collective car le travail est menacé. Il est k.o. debout à cause de ce virus et, en même temps, sous le joug de l’injonction de transformation dans un esprit eco-responsable : eco pour écologie et économie, les deux ensemble car nous n’avons plus le temps de temporiser. Mais alors, les syndicats vont devoir se montrer pragmatiques : les entreprises devront avoir les mains libres pour transformer en paix et certaines mutations vont exiger un changement en profondeur des organisations, des talents nécessaires et des modes de travail. Il s’agira clairement de nouer une vraie relation de confiance mutuelle pour sortir de la narration des licenciements boursiers. Il y en a, mais ce n’est pas nécessairement la panacée. C’est parfois une question de vie ou de mort, mais c’est souvent l’illustration de la pauvreté du management par les coûts en guise de gouvernance.

Nous allons devoir résister à l’envie de renverser la table en invoquant chacun de bonnes raisons de protester dans la rue pour éviter que l’année ne soit complètement blanche car c’est le vrai danger. Qui peut résister à une année chômée, en dépit du report des charges ? Qui peut résister à une consommation timide car les clients ont l’esprit ailleurs et muré dans l’inquiétude ? Comment soutenir le rythme d’une entreprise en bonne santé quand la réalité est à ce point contradictoire ?

Des entreprises utilisent l’immobilier comme variable d’ajustement, mais ce ne sera pas suffisant. L’humain va payer et c’est inévitable. Nous ne pourrons pas tout avoir ; aussi, il va nous falloir choisir. Nous allons devoir arbitrer notre préférence pour le présent et poser le curseur du travail, avant la révolte des entreprises.

Dans le même temps, les entreprises vont devoir s’engager sérieusement à participer à la construction d’un nouveau contrat social au sein de l’entreprise ; celui-ci pourra aller sur le terrain du rôle social, mais ce n’est pas obligé.

Et une autre chose est certaine, la tendance de la raison d’être devra cesser d’être une mode pour être prise au sérieux et adresser véritablement les enjeux. Le purpose est un sujet vieux comme le monde qui nous vient des pays anglo-saxons. En France, nous l’avons découvert et remasterisé comme première étape de l’entreprise à mission ; c’est une erreur méthodologique qui met trop de pression aux dirigeants qui s’engouffrent frénétiquement sur ce terrain de peur d’être stigmatisés. Seulement, la raison d’être implique une cohérence particulièrement forte et un robuste alignement stratégique pour diriger en conscience claire et avoir le courage de faire des choix difficiles.

La raison d’être est un phare dans la nuit ; c’est un levier de gouvernance extraordinaire, mais encore faut-il comprendre ce qui se cache derrière la notion même de gouvernance.

Nous ne sommes pas obligés de nous immoler sur l’autel de notre passion nihiliste pour la révolution. Nous pouvons aussi choisir le renouveau en travaillant ensemble de manière lucide et éclairée sur les enjeux du monde pour bâtir un nouvel art d’être heureux ensemble et refaire société, en commençant par l’entreprise.

La Cabrik est une fabrik de gouvernance stratégique et humaine qui accompagne les transformations pour relier l'économie à l'humain et est spécialiste des situations de crise de gouvernance.

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À l'impossible, je suis tenu.

Jean Cocteau