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Education _ Choose France _ Etudiants étrangers _ Soft power _ France

L'étranger

Édito — il y a 6 mois

Temps de lecture: 3 minutes

De la richesse de l'exil.

Choose France est une stratégie globale de soft power qui pose également la stratégie de la France pour attirer des talents à travers le monde et notamment les étudiants étrangers. En effet, la France s’expose désormais au décrochage dans la bataille des cerveaux, passant de la 3ème à la 4ème place.

Alors que la compétition de l’intelligence artificielle est lancée à coup de milliards, les Etats-Unis et la Chine nous expliquent combien ils apprécient les talents français. Mais qu’est-ce qu’un talent français ? Est-ce un français ou est-ce aussi un étudiant étranger qui a étudié, travaille ou crée son entreprise en France ? Intéressant de se poser la question pour identifier les meilleurs leviers pour défendre notre leadership d’accueil des talents du monde car par-delà la qualité de la formation, la connaissance de la langue française, la réputation et la valeur des diplômes en France, les étudiants intègrent d’autres paramètres : ils analysent le positionnement de tel ou tel pays sur l’échiquier politique, économique et industriel ; ils jaugent l’accès à l’emploi après l’obtention de leur(s) diplôme(s). L’étudiant 3.0 cherche la simplicité ; il veut une éducation de haut niveau et se donner les moyens de choisir son premier lieu de travail, sans avoir l’impression de vivre une sorte de parcours du combattant.

Cette question des étudiants étrangers et des français allant étudier à l’étranger pose aussi les jalons du soft power français dans une économie digitale et globale.

Si la diplomatie politique est l’apanage de l’État, nous sous-estimons toutefois le rôle joué par la diplomatie économique et culturelle dans la construction et la consolidation de ce soft power.

Nous sommes plus forts lorsque nous avons des histoires à partager, que nous pouvons les raconter dans une langue commune, que nous avons montré de la curiosité pour d’autres cultures et que ces mêmes cultures ont montré de la curiosité pour la nôtre.

Notre attractivité aux yeux des étudiants internationaux a un impact dans notre capacité à former les élites de demain, celles qui seront de notre côté, du côté de la France.

Au-delà de cet égoïsme économique, nous devons y voir un autre avantage culturel, un avantage créateur de valeur dans le domaine de l’innovation. Nous sommes en compétition sur tous les sujets. Il y a l’Intelligence Artificielle mais que vaut l’IA sans l’innovation ? Car le vrai sujet n’est pas juste d’investir une industrie ; le vrai enjeu est de trouver une manière de prendre de l’avance, de distancer voire de surprendre les concurrents. Et, comment faire si tout le monde autour de la table pense dans un cadre uniforme ? La vraie richesse, la vraie fulgurance est d’avoir des équipes mixtes et augmentées de personnes qui viennent d’ailleurs car leur vision du monde est concrètement différente.

Les expériences ne sont pas les mêmes, les références culturelles et sociales ne sont pas les mêmes. Alors, quand vous voulez vous confronter à la guerre de l’innovation mondiale, vous devez penser à avoir la meilleure équipe. Et, une équipe composée des meilleurs talents nationaux ne peut pas être la meilleure équipe s’il n’y pas une voix de femme qui se fait entendre, une voix d’ailleurs qui se fait comprendre et des voix dissonantes qui s’affrontent pour chercher la vérité, une vérité valable, pertinente et efficace.

Cette histoire de diversité n’est pas juste une histoire de soft power politique ; c’est aussi une histoire de soft power économique. Et si vous ne le croyez pas, essayez pour voir ! Prenez un problème non résolu et organiser des battles de réflexion avec des équipes dont la structure est hétérogène et observez mais surtout écoutez la richesse des résultats !

Accueillir des étudiants ou des travailleurs venus d’ailleurs, c’est une aventure d’ouverture, de curiosité, de tolérance : une expérience extraordinaire de don|contre-don. C’est apprendre à se faire comprendre, se mettre à portée d’autrui pour l’aider à s’exprimer, à dire, à écrire, c’est donner.

En contrepartie, l’autre raconte sa culture, il partage des mots, des histoires, des particularismes culturels. Ces deux types d’interactions créent un voyage de l’un vers l’autre. C’est apprendre quelque chose qui vient d’ailleurs et donner quelque chose qui vient d’ici. C’est honorer nos valeurs et sacraliser la notion de fraternité ; oui, c’est précisément lui donner du sens. Cet accueil crée irrémédiablement un pont des uns vers les autres ; c’est parfois un pont entre classes sociales ; c’est d’autre fois un pont qui donne une chance de vie à des vies menacées de mort ; c’est aussi un pont vers l’excellence quand le pays d’exil éducatif est manquant en termes d’infrastructures ; mais parfois, c’est juste un choix culturel, sentimental ou tout simplement un acte de curiosité. Ces dynamiques entrainent mécaniquement une richesse culturelle qui favorise le plurilinguisme qui lui-même crée un pont vers le multiculturalisme.Et c’est ainsi que le monde s’enrichit et s’irrigue de ces variations plurielles.

Nous voulons être une Nation accueillante pour les investisseurs alors nous devons l’être également pour les talents du monde entier, sinon, nous devrons tôt ou tard faire face à ce défaut de cohérence. Notre ambition nous oblige à devoir recruter les talents du monde, car non seulement d’autres pays plus malins que nous s’organisent pour être en première ligne mais, les étudiants et les travailleurs étrangers ont désormais le choix et c’est eux qui décident. Le pouvoir a changé de camp.

Nous sommes le premier pays d’accueil non anglophone d’étudiants et nous voulons en accueillir 500 000 en 2027. C’est un beau défi mais il est incomplet ; cette guerre des cerveaux doit également avoir un autre volet : celui des travailleurs étrangers car la compétition mondiale n’attend pas.

Nous devons ouvrir les yeux et apprendre à « penser différent » le potentiel ; il peut être partout : chez le migrant qui franchit notre pays en haillons, chez cette personne brillante qui a fait des études incroyables mais aussi chez ce génie qui ne semble pas avoir de diplôme supérieur mais dont le cerveau est juste magique.

Alors reposons-nous la question : quel empowerment voulons-nous ?

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À l'impossible, je suis tenu.

Jean Cocteau