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Gouvernance - Courage - Culture - Engagement - Entreprise - Travail

Gouvernance

L'entreprise irremplaçable

Édito — il y a 6 mois

"Cette chose qui est à faire, c’est à moi de le faire." Cynthia Fleury

La question du courage est souvent au cœur de l’enjeu de l’entreprise pour expliquer pourquoi elle se porte bien ou mal, pourquoi certaines entreprises sont des lieux privilégiés où le travailleur tombe malade. 

Le courage a une dimension polyphonique tant il s’inscrit dans une sorte d’impressionnisme subjectif. Chacun y projette ce qu’il veut ou ce qu’il peut. Et, cette interprétation du courage s’invite dans l’entreprise et influence l’état de santé des salariés d’abord, et de l’entreprise ensuite. 

Questionner le courage en entreprise est un sujet complexe. Je choisis ici de le lier à la notion d’irremplaçabilité. Et si l’entreprise s’adressait à l’irremplaçabilité de chacun pour devenir elle-même une entreprise irremplaçable ? Et si la gouvernance de l’entreprise réussissait à engager tout le monde, au point que chacun se dise : "cette chose qui est à faire, c’est à moi de le faire" ? Et si chacun réussissait à se dire cela, à faire cela, quel serait alors le visage de l’entreprise ? 

Et si les variations de l’irremplaçabilité se déclinait en 3 actes fondamentaux ?

1

Endurer 

Ce rapport au temps face à une chose difficile explique pour partie le découragement de l’entreprise, en dépit des volontés. Se sentir concerné, agir comme il faut, en dépit des vents contraires, est aussi un langage du temps. 

C’est une endurance à endurer le nécessaire, sans procrastiner parce que la peur taraude la quiétude. C’est une décision qui exige de nous-même car le contexte l’impose. Cela peut être également une attitude quotidienne qui consiste à faire ce qu’il faut, parce que c’est mieux pour tout le monde. C’est accepter de s’imposer une limite temporelle pour agir car penser, construire une idée, une opinion, est certes un préalable à l’action, mais agir trop tard, n’a que peu d’intérêt selon les enjeux. 

Il s’agit également de cesser le jeu de la temporisation, ce jeu avec le temps pour éviter l’inévitable, mais dont le seul objectif est de repousser l’échéance pour gagner quelques heures de tranquillité, en faisant fi des conséquences pour les autres. 

Endurer, c’est dépasser l’action pour soi-même et intégrer le collectif dans l’équation. C’est comprendre la mécanique du temps court, mais également du temps long et ajuster sa partition selon le bénéfice collectif, sans chercher en permanence des alibis pour échapper à ses responsabilités.

2

Penser 

"Penser, c’est agir". Cynthia Fleury

C’est assumer qu’il y a des risques à prendre pour faire, dans le respect de sa vérité : agir avec une dimension morale, en dépit des jeux politiques, et interroger sans cesse sa propre responsabilité. Pourquoi dois-je agir ? Comment dois-je agir ? Il y a la question de la mission, des obligations professionnelles eu égard au rôle de chacun, mais il y a également la barre du curseur moral. Comment puis-je bien exercer ma mission et comment puis-je me rendre utile ? Comment dois-je prendre soin de ceux qui comptent sur moi, de moi-même et de mon entreprise, sans avoir à sacrifier mes valeurs morales ? 

Exercer son travail avec courage est un effort quotidien car rien n’est acquis et, à chaque moment, la faiblesse cherche à s’inviter dans nos pensées, dans nos décisions et dans nos actions.

Les irremplaçables des entreprises sont souvent des âmes solitaires car la vérité de l’action n’est pas sans douleur : la douleur de penser une action, toute l’action, de la matière jusqu’à la manière, oblige celui qui pense à voir la réalité telle qu’elle est, et de faire face à la laideur de certaines choses. Et, c’est précisément là que le courage doit s’exercer pour s’opposer, sinon négocier à chaque fois que cela est possible et cela l’est souvent. C’est quand le courage est éprouvé qu’il livre toute son épaisseur. C’est la vérité du collectif qui doit être interrogé avant d’agir. 

Penser comme cela témoigne d’une force morale, d’une noblesse dans l’action ; penser comme cela est une vertu saine et à encourager dans l’entreprise pour organiser une contagion inespérée de ce sens du devoir au bénéfice de tous, à commencer par soi-même ou est-ce l’inverse ?

3

S’impliquer  

Travailler en bonne santé, c’est accepter de s’impliquer ; c’est prendre collectivement soin des uns et des autres. C’est surtout mesurer le prix du non-courage, le prix du renoncement à agir au nom du care. C’est prendre conscience que se tordre, se planquer, se défausser, s’aveugler, s’abîmer n’a aucun avantage, car c’est la conquête de quelques heures d’évitement qui ont furtivement le visage de la tranquillité, alors même qu’au fond de soi, la vérité est douloureuse car elle est la réalité du mensonge à soi-même et de la lâcheté vis-à-vis des autres. 

Travailler en bonne santé est une décision, un choix, une culture. C’est un choix qui touche à l’humain, au souvenir que l’on souhaite laisser aux autres et à soi-même ; cette réflexion touche à l’essentiel. Que faisons-nous de nos vies ? Que faisons-nous de tout ce temps passé au travail ? Que sacrifions-nous de nous-même et est-ce que cela en vaut vraiment la peine ? 

Ce qui est certain, c'est qu’en dépit de la solitude de l’irremplaçable, celui qui s’emploie à être avec cette rigueur-là suscite agacement et admiration ; l’agacement chez ceux qui font un choix différent et le vivent mal ; l’admiration de ceux qui attendent le signal, la permission de faire de même, en ayant conscience que cela est douleur. 

Cette cohérence à penser et à faire crée un alignement puissant car l’individu devient performatif. Il n’y a pas d’écart entre ce qu’il énonce et ce qu’il fait ; l’exemplarité est alors incarnée naturellement ; elle est entraînante car elle a l’avantage d’arbitrer clairement les contradictions. L’exemplarité devient puissante de sa vérité et raconte quelque chose ; elle tisse le fil d’une histoire d’homme qui peut devenir celle de la décence commune.

Choisir d’être un travailleur irremplaçable est une discipline qui demande à être répétée à l’infini. C’est une épreuve quotidienne qui nous ramène à chaque fois à l’état de notre courage. Une entreprise a le choix de bâtir ou pas une culture d’irremplaçabilité, mais en tant qu’individu, avons-nous vraiment le choix ? Cette question ne dépasse-t-elle pas la simple question du travail ?

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Nous sommes ce que nous faisons de manière répétée. Aussi l’excellence n’est-elle pas un acte mais une habitude.

Aristote