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8 mars - Journée de la femme - Egalité - Empowerment - Pouvoir

Féminisme

L'enfer du pouvoir

Édito — il y a 8 mois

Temps de lecture: 3 minutes

"Il vaut mieux tuer sa carrière que se faire tuer par sa carrière." Elizabeth Sloane

Cette phrase représente bien le dilemme qui saisit les femmes dans les arcanes du pouvoir. 

C’est la journée des droits des femmes et encore une fois, une énième fois, pendant une journée, nous allons célébrer les femmes, leurs qualités et surtout fustiger le sempiternel retard de l’égalité homme - femme. Nous en faisons une question de genre ; c’est une question de genre, mais c’est surtout une affaire de style. L’égalité est un droit, mais son application n’est pas naturelle. L’égalité professionnelle se conquiert avec férocité, par effraction et sur un chemin étroit. Pour réussir la parité, nous devons regarder en face l’enfer du pouvoir et ça n’est pas beau du tout : la coulisse est frappée d’une laideur qu’il nous faut changer.

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Le pouvoir n’est pas gentil 

Prendre place à table n’est pas un cadeau ; il n’y a rien de généreux dans cette ascension vers le privilège de décider, d’arbitrer, de gouverner. Rien n’est dû, tout s’arrache avec méthode et détermination. 

Avoir sa place dans la cage à grimper implique une réflexion stratégique de haut vol ; il faut par ailleurs, bien comprendre que la compétition est rude et que vous prendrez facilement la place de quelqu’un ; cet autre étant très souvent un homme, qui ne vous fera aucun cadeau pour viser la même place ou garder la sienne et servir ainsi une ambition personnelle. Il n’y a donc rien de personnel.

Le pouvoir n’est pas gentil, il est même sans pitié. Pour entrer dans le cercle, il faut donc jouer avec les règles, les codes et les armes propres à ce jeu. 

Il faut accepter froidement d’anticiper les coups et de préparer les ripostes, dans la limite de la frontière morale que chacun se fixe. Il faut accepter la violence de l’ambition tranchante des uns et des autres et composer avec les egos de ces mêmes uns et autres. Puis, le défi est de faire face à la soif de gagner des plus féroces qui, selon les circonstances, peuvent montrer une large palette de visages allant de Blanche-Neige au pire de l’individu.

Dans les cercles du pouvoir, les places sont rares et la compétition est rude ; elle exacerbe les vicissitudes du système et fait la part belle aux jeux politiques qui promeuvent trop souvent les animaux politiques à la morale douteuse, sinon à l’immoralité sans limite. 

La conquête du pouvoir signifie monter sur le ring avec d’authentiques crapules prêtes à tout pour éliminer l’adversaire. Les coups bas sont alors à l’honneur et les variations sont multiples ; les attaques portent régulièrement atteintes à l’honneur et à la réputation, au moyen de basses manoeuvres vexatoires parfois élaborées de toutes pièces et toujours de nature à déstabiliser le concurrent qui n’a alors pas de visage. C’est une conquête à mort qui ne récompense pas l’attentisme d’un "attendre et voir".  

Il faut donc certes anticiper la guerre et se défendre en rendant coup pour coup, mais ce n’est pas suffisant. Il faut créer un dispositif de courte-échelle composé de sponsors, de mentors, de parrains, etc. Cela implique de bien comprendre la carte sociale de l’entreprise et au-delà, pour mettre en place le bon dispositif d’influence, en appréhendant avec une précision chirurgicale les supporters, les neutres et les détracteurs, sans oublier ceux dont la versatilité est dangereuse. Il est également nécessaire de flatter les egos qui ont besoin d’être caresser rigoureusement et impérativement dans le sens du poil. 

C’est tout un système qu’il faut penser et mettre en place pour gravir les échelons. La question est de savoir si avancer sur l’échiquier politique doit se faire avec ou sans panache. Certains sont habiles dans la violence de leurs coups, mais faibles en courage pour avoir une ascension de bonne facture, avec des règles nobles et ambitieuses, au nom du collectif. Gravir les marches du pouvoir ne devrait transformer personne en "yes man", mais malheureusement, ils sont nombreux dans les organisations. Choisir une autre voie est possible mais demande beaucoup d’énergie, et encore plus, car en sus de ne pas être naïf, il faut perpétuellement rester sur ses gardes. Il faut avoir le cuir dur et organiser son ascension avec agilité, intelligence, prudence, férocité et préméditation. 

Pour la majorité d’entre nous, et en particulier des femmes, le pouvoir se gagne par effraction.

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Entrer par effraction 

Conquérir est donc une occupation à part entière, en marge des compétences ; c’est un postulat qui perturbe particulièrement les femmes attachées au socle de compétences qui n’est précisément plus le sujet, au-delà d’un certain niveau. Ainsi, toutes compétences mises à part, la confiance est un levier central. Les femmes doivent oser libérer leur confiance en elles, sans tomber dans le piège de l’arrogance. 

Maîtriser son sujet est un atout, mais ce n’est pas suffisant. Le ressort des femmes est souvent le désir d’impact. Elle veulent très souvent changer ce qu’elles n’aiment pas. Il s’agit alors de transformer les compétences et la volonté de transformer quelque chose en arme de conviction massive. Il faut incarner sa cause sans affect, avec vision stratégique et tactique. Il faut penser froidement, sans avoir froid aux yeux et en dressant, si nécessaire, un écran de fumée pour tromper l’adversaire. 

Il faut faire cela, être cela, sans renier sa personnalité. Le pouvoir, c’est une affaire de style et de férocité. Donc, le style compte ; il faut s’incarner et se respecter, pour être à l’aise dans l’arène et se concentrer sur l’audace de la conquête. 

Gagner nécessite d’avoir un coup d’avance pour jouer son atout au moment opportun. Gagner n’est pas un jeu d’enfant ; c’est un jeu entre adultes, souvent égoïstes. Il faut donc inévitablement s’arranger pour surprendre sans se laisser surprendre, car le pouvoir est un ring sur lequel chacun définit ses propres limites, morales, immorales ou amorales.  

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Un chemin étroit

Prendre sa place à table est une épreuve mentale et physique qui en décourage plus d’un, et surtout plus d’une. Aussi, cette bataille classique et légitime en faveur d’une plus grande égalité se trompe d’armes. La loi ne donnera pas le courage de supporter une telle violence à celles qui ne le souhaitent pas. La loi ne découragera pas les hommes de se battre âprement et avec une agressivité séculaire pour conserver leur place. En haut, ce n’est pas une question de genre, mais de place. Il faut donc cesser d’infantiliser les femmes en leur laissant croire que la loi va tout changer. Et, il faut arrêter ce cirque qui consiste à offrir une place à une femme pour ensuite mieux l’instrumenter. 

Il faut à la fois changer les règles de ce pouvoir-là et en même temps convaincre les femmes qu’il faut entrer dans ce monde, pour en changer les règles. Il faut clairement que les femmes apprennent à devenir féroces. Mais, en réalité, il faut apprendre l’hardiesse aux minorités pour leur donner envie d’entreprendre ce chemin étroit et obliger la société à évoluer vers une meilleure représentativité. Cette conquête vers plus d’égalité ne peut pas être au seul profit des femmes qui ressembleraient alors aux hommes actuellement au pouvoir, à l’exception du genre. 

Nous devons changer de méthode et définir un arc moral d’inclusion à l’attention de l’ensemble des minorités ; il faut se battre pour les femmes, les personnes d’origine étrangère, les jeunes, les seniors, les handicapés, etc. Il faut éduquer la société à l’ouverture et arrêter de penser que la principale ouverture est le genre, car ce focus est un combat en silo. C’est un combat exclusif qui enferme l’égalité au lieu de l’ouvrir. 

Il faut par ailleurs aller au-delà des réseaux. Il faut dépasser cette société de la cooptation pour évoluer vers une société d’ouverture et de curiosité. Nous sommes sur un chemin étroit, trop étroit, au lieu de construire un soft power à la française basé sur l’ouverture, la diversité et donc la représentativité de la société française pour se rapprocher de celle du monde. 

Le temps est venu d’affronter nos tabous pour combattre avec efficacité l’ostracisme du pouvoir. Nous devons définir quelle société nous sommes, au-delà de l’égalité homme-femme. Comment respectons-nous les gens, tous les gens ? Savons-nous reconnaître la singularité des talents différents ? Avons-nous un humanisme acceptable ? 

Je fais partie des personnes qui aiment se battre pour faire ce qui est juste et, en tant que femme issue de la diversité, j’ose exprimer mon ras-le-bol de cette journée des femmes, chaque 8 mars. Je ne veux plus de cette célébration, je veux l’égalité pour tous, en dépit de la fureur de la conquête, le temps que la société toute entière s’attache à fonctionner différemment. Oui, j’attends patiemment de célébrer le courage de tous, en particulier de ceux qui ont le pouvoir de changer la société, mais s’enferment par habitude et conformisme dans un "attendre et voir" qui n’est plus supportable.   

Je rêve d’une société plus idéaliste, plus humaniste, plus volontaire où plus de gens travaillent ensemble à changer le monde. Le pouvoir sera difficilement beau mais peut-être peut-il devenir moins moche ?

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Nous sommes ce que nous faisons de manière répétée. Aussi l’excellence n’est-elle pas un acte mais une habitude.

Aristote