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Travail - Egalité - Inégalité des chances - Société - Mérite - Fracture sociale - Connaissance de soi - Souffrance -

Travail

Le travail : levier régulateur des inégalités

Édito — il y a 4 mois

"La science a peut-être trouvé un remède pour la plupart des maux : mais elle n'a pas découvert celui pour le pire de tous : L'apathie des êtres humains." Helen Keller

Dépasser l’insécurité 

La fracture sociale n’en finit plus d’agiter les conversations sur les inégalités, au point de voir la méritocratie remise en cause par certains. Il reste cette statistique cinglante qui pose l’idée qu’il faudrait six générations pour évoluer socialement. Il reste cette vérité d’hier assénée avec une telle force quelle tient pour vérité d’aujourd’hui. Mais au fond de quoi parlons-nous ? 

Nous aimons à aller sur le terrain de l’égalité des droits sociaux et des privilèges. Je préfère m’en tenir à l’idée du rêve américain qui consiste à penser qu’en travaillant dur, chacun peut réaliser tout ou partie de ses rêves. Personne ne dit que cette histoire est un récit de facilité, mais l’idée du possible a bâti les Etats-Unis et ce pays montre régulièrement sa capacité à donner sa chance à une bonne idée, peu importe le rang social de son auteur. C’est précisément les exemples de Steve  Jobs, de Viola Davis, de Michelle Obama, de Misty Copeland et tant d’autres. 

En France, nous pouvons mentionner Mercedes Erra, Elisabeth Moreno, Chloe Lopes Gomes, Xavier Niel, Guillaume Diop, Laëtitia Helouet, et d’autres bien-sûr. Malheureusement, l’idée contraire est tenace. Trop de gens s’enferment dans une impuissance acquise lorsqu’il est question de leur avenir. 

Assez rapidement, et fatalement avec une vie de famille, l’insécurité matérielle affecte les décisions et poussent les uns et les autres à négocier leurs ambitions à la baisse. Pire, la majorité des uns abandonnent leurs aspirations, au point de les oublier. 

Comment est-ce possible ? 

Les gens les plus modestes et les moins qualifiés prennent un travail d’appoint dans lequel ils vont se laisser glisser car il faut assurer le train de vie quotidien. Puis, insidieusement, ils vont se confronter aux difficultés matérielles et à la peur de dégrader leur situation. Ainsi, au lieu de s’organiser pour penser et piloter l’étape d’après, ils s’enfoncent dans une carrière sans avenir et dans laquelle ils vont se sentir coincés, voire piégés, pour des raisons alimentaires. Alors, au gré du temps qui passe, la frustration va gagner du terrain, jusqu’au ressentiment pour certains. Le stress et la colère vont, silencieusement, emplir leur espace mental, au risque de créer une charge mentale malsaine au quotidien. 

Est-ce une fatalité ? J’ose répondre par la négative car mon expertise sur le travail et mon expérience sur le terrain me donnent tous les jours des preuves contraires. La situation n’est pas simple ; nous pouvons même dire qu’elle est souvent complexe, mais pour autant, la précarité n’est pas nécessairement un déterminisme implacable. 

Le point de départ auquel le plus grand nombre peut avoir accès est la connaissance de soi. Certains arguent que le cumul de l’agenda professionnel et personnel ne laissent guère de temps de cerveau disponible pour réaliser ce travail. D’autres pensent, et j’en fais partie, que le choix commence ici, avec cette décision. 

La connaissance de soi n’est pas superflue car elle compte parmi les premiers leviers pour faire sauter les barrières mentales. Apprendre à se connaître et comprendre la nature de son socle de compétences permet d’élargir le champ des possibles et de changer de perspectives. Or, tout commence par là, les rêves et les perspectives, ensuite vient le plan.  

Croire en son mérite 

À l’évidence, changer de classe sociale demande du travail, mais au départ, c’est une histoire de force mentale et d’estime de soi. 

Il est entendu que réussir dans la vie est une notion subjective ; de même que le bonheur et le bien-être. Chacun est libre de mettre le curseur où cela lui sied dès lors que le propos est assumé. Un des enjeux est donc de dépolluer les esprits de sentiments parasites qui consistent à s’auto-convaincre que vouloir plus est une inutile hérésie. 

Chacun devrait être à l’aise avec l’idée que viser plus et viser haut sont deux choses envisageables qui impliquent une organisation méthodique et une très grande discipline. C’est la raison pour laquelle les représentations socio-culturelles sont si importantes. Et nous avons peu de transfuges de classe mis à l’honneur ; pire, nous ne savons pas valoriser et raconter des bonnes histoires de méritocratie. Or, c’est utile à ceux qui doutent de leur capacité à devenir et cela peut être un formidable catalyseur de changement. 

L’écosystème public et médiatique doit jouer son rôle de moteur, mais cela ne disqualifie pas les gens de faire ce qu’il y a à faire pour réaliser leurs ambitions. En effet, le regard et le mental sont insuffisants ; il faut beaucoup travailler et avoir un plan. L’enjeu est d’aller conquérir sa propre permission d’exister et de grandir, en ayant confiance dans l’avenir. Et cela suppose d’investir en soi, en temps, et tôt ou tard en argent. La chance de rencontrer les bonnes personnes peut également être un élément décisif dans la trajectoire d’une personne. 

Mais ceux qui aiment investiguer ici et là vous diront que la chance est une compétence ; en effet, un grand nombre d’opportunités sont favorisées par des décisions en amont qui produisent des résultats plus ou moins maîtrisés. 

La notion de souffrance choisie est souvent non-négociable. Sans conteste, réussir implique des sacrifices à tous les niveaux. Cette souffrance peut prendre le visage de l’apprentissage à travers une formation, d’une profonde remise en cause à travers un bilan de compétences, d’un déséquilibre vie privé vs professionnelle au profit du travail, parfois sous la forme du cumul de deux métiers, d’une bifurcation de trajectoire à travers une étape intermédiaire, moins ambitieuse, pour accéder au projet cible ; peu importe sa nature, le sacrifice est inévitable. 

Il y a tant de leviers à actionner, en particulier à l’heure de l’émergence d’une intelligence artificielle très sophistiquée qui est, indéniablement, la promesse d’une menace certaine. 

La méritocratie n’est pas bloquée, mais elle est difficile à conquérir car les règles semblent être écrites à l’encre sympathique. Aussi, les gens les plus modestes n’y ont pas accès et le chemin pour réussir devient un labyrinthe illisible et sans issue. Nous gagnerions tous à réduire ou à stopper, l’espace d’un instant, nos réflexions existentielles sur la question du mérite pour commencer à aborder concrètement le sujet avec honnêteté et sans langue de bois. Le pays et les gens de peu ont absolument besoin de sentir que la progression est possible et que s’enfermer, des années durant, dans des fonctions vidantes vs nourrissantes n’est pas un horizon. 

Le pays doit changer et se montrer plus inclusif ; cela démarre avec l’idée que les gens méritent mieux et que par ailleurs le pays y gagnera. Nous devons ouvrir les portes de l’ascenseur et donner une vraie chance à cette histoire de diversité et de mixité ainsi qu’aux impacts associés en matière d’innovation et de performance. Mais pour commencer, nous devons être lucides et avoir le triomphe modeste pour cesser d’applaudir nos progrès d’une lenteur insolente. Le progrès est fatigué de passer par l'escalier. 

 

Nicole Degbo

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La Cabrik est une fabrik de gouvernance stratégique et humaine qui accompagne les transformations pour relier l'économie à l'humain et est spécialiste des situations de crise de gouvernance.

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Ce n'est pas si facile de devenir ce qu'on est, de trouver sa mesure profonde.

Albert Camus