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ESG - Ecologie - Environnement - Social - Gouvernance - Emotions - Innovation - MIT -

ESG

L’E-SG en tension

Édito — il y a 3 semaines

Pouvons-nous élever le niveau ?

1

L’indispensable pédagogie 

Qu’avons-nous raté pour que le débat sur l’écologie soit aussi médiocre et mortifère ? La planète se réchauffe ; nous avons manqué collectivement de diligence vis-à-vis des générations futures et il est peu probable que nous trouvions un chemin pour remettre les compteurs à zéro. Nous sommes donc condamnés à trouver des solutions pour éviter le pire. Mais est-ce à dire que le débat doive manquer de civilité, que la colère, voire l’hystérie, doivent régir les rapports humains ? Le débats sur les jets-privés, les piscines privées, les barbecues & co ne sont pas à la hauteur des enjeux.

Pendant des années, dans le débat public, nous avons entendu parlé de trou dans la couche d’ozone, de réchauffement des pôles et d’augmentation de la température. Il y avait finalement assez peu d’autres informations, hors canal spécialisé, pour déployer une pédagogie performative. 

Depuis quelques années, d’autres mots sont apparus dans la grammaire populaire ; nous parlons de montée des crues, de sécheresse, d’incendies, de canicules, de dégradation et destruction de la biodiversité ; nous en parlons et nous en voyons les affres à travers les images d’actualité qui montrent les ravages des catastrophes naturelles. Et, la crise sanitaire a imposé dans nos esprits un sujet plus mystérieux et plus terrifiant tant il peut être ravageur : le virus. La COVID-19 nous a rappelé le développement des zoonoses et les spécialistes expliquent de manière plus audible que la fonte des calottes glaciaires au Groënland et en Antarctique va favoriser la libération de bactéries et de virus jusqu’alors inconnus.  

Il faut également dire que nous comprenons de manière plus évidente que l’érosion des côtes, la modification du Gulf Stream et l’augmentation du volume de l’océan vont immerger des terres, au point que des pays seront rasés de la carte ; nous savons sans équivoque que ces bouleversements vont entraîner un mouvement sans précédent de réfugiés climatiques. 

Parlons également de la pénurie de l’eau et sans doute un jour du sable, de la raréfaction des énergies non renouvelables (pétrole, minéraux, métaux, etc.) et de l’eutrophisation de l’océan qui provoque la prolifération d’algues nuisibles qui actent la fin de l’abondance et l’exacerbation future de conflits armés. 

Il va sans dire que ces constats sont effrayants et il n’est pas anormal d’entendre parler d’éco-anxiété. Aussi, un des défis des années futures sera d’affronter la matérialisation des dégâts climatiques, en protégeant la concorde nationale. Et disons-le, jeter en pâture les milliardaires et les 40 plus grandes entreprises françaises n’est pas la bonne réponse au problème. 

2

La pression des émotions 

La pression climatique va créer des tensions sans précédent, au risque de diffracter le tissu social dans les organisations et dans les pays. Cette situation sera une épreuve de gouvernance à haut risque. 

Un grand nombre de gens chercheront des bouc-émissaires et des échappatoires pour apaiser leurs peurs ou cultiver leur déni de la situation et cela va inévitablement alimenter la montée des extrémismes et aggraver les fractures sociales. Les ferments de ce drame à venir sont déjà là. 

Nous allons devoir gérer un antagonisme moral vertigineux ; d’un coté ceux qui assisteront, insensibles, aux famines, aux morts de l’immigration qui transformeront la mer et l’océan en tombeau à ciel ouvert et de l’autre côté ceux qui ne supporteront pas cette funeste réalité et seront partagés entre l’angoisse, la colère et l’envie d’agir. 

Si nous voulons éviter les débordements prévisibles, nous devons trouver un moyen de canaliser ou réduire le sentiment de frustration, d’impuissance et d’indifférence. Peut-être que nous pouvons commencer par accepter que tout le monde n’a ni le même niveau d’information, ni de sensibilité, et que respecter les émotions de tout le monde est un préalable pour créer, in fine, une convergence d’actions constructives ? Et sans doute que nous devons éviter toute injonction à penser, en considérant qu’il y a le clan des bien-pensants et celui des mal-pensants.

De plus, en dépit de la gravité sérieuse de l’évolution de la dégradation de l’environnement, nous devrons collectivement accepter que certains auront envie de cultiver leur statu quo, au moins à court terme ; l’enjeu ne sera pas de les insulter, de les mettre au ban de la société ou de les dépouiller financièrement, mais d’user de tous les stratagèmes possibles pour créer un sursaut comportemental, et à défaut, une contribution financière. 

D’autres seront conscients des menaces, mais figés dans une peur paralysante, créant ainsi une difficulté à agir. S’agissant des activistes, il y aura ceux qui se focaliseront sur des mesures utiles et d’autres qui se cantonneront au symbolique. 

Notre défi collectif sera de maintenir un climat social ouvert ; et cela commence par écouter les voix multiples et divergentes, de cerner le contexte et les enjeux des tenants d’avis différents pour essayer de trouver un axe commun pour produire du changement. En effet, la clef réside dans le changement de nos comportements humains et cela implique la compréhension des causes-racines et leurs impacts sur la société et la vie des gens. La fresque du climat fait bien le job.

Les entreprises peuvent s’emparer de la méthode pour accélérer la prise de conscience collective, au moins dans leur cœur de métier. C’est un commencement, mais c’est insuffisant. Elles doivent aller plus loin et expliquer les impacts des externalités négatives de leur modèle et avoir le courage d’imputer et de quantifier pour ensuite imaginer une politique différente qui permettrait d’avoir une ligne ESG respectable, à défaut d’être parfaite. 

Le point est de dire que l’écologie ne suffit pas. Il faut avoir une approche holistique pour pivoter en termes de gouvernance et de levier social ; c’est inévitable car ces deux sujets sont structurants et autoportants de l’autre sujet : l’écologie.  

L’écologie au mépris du reste est une farce et la preuve flagrante que le sujet est fondamentalement impensé. Par ailleurs, il faut encore évoquer des actions qui donnent de l’espoir pour le futur et encouragent l’effort de tous, en particulier l’idée que chaque geste compte. L’enjeu est de clarifier l’ambition, donner un cap et planifier l’urgence du long terme. 

3

L’équation innovation 

Nous sommes à un point de bascule et cela implique de changer de modèle, sans nécessairement renoncer au capitalisme. C’est un reset global qui pose en creux plusieurs enjeux dont celui de la consommation. Les clients vont devoir montrer leur cohérence et aligner leurs comportements aux injonctions avec lesquelles ils somment les dirigeants politiques et économiques d’agir, en acceptant par exemple de payer plus cher. 

Les trois secteurs prioritaires sont l’agriculture, l’industrie et les transports. Il va falloir rompre avec l’illusion que la transition peut être instantanée ; changer un modèle prend du temps avec la complexité opérationnelle d’opérer un changement profond, tout en assurant la continuité de l’activité. Cette phase a un coût très élevé et il est très tentant de renoncer ou de négocier les efforts nécessaires alors même qu’il faut garder une grande discipline dans l’action. C’est la raison pour laquelle la gouvernance compte et l’adhésion du corps social aussi. 

Ces sujets méritent d’être débattus à l’échelle d’u pays, pas nécessairement pour avoir l’assentiment de profanes, mais pour éduquer le plus grand nombre aux efforts non négociables et au prix à payer de la transition.

Par exemple, la transition agricole va inévitablement avoir une incidence sur les stocks ; il s’agit de renoncer aux tendances industrielles, au profit de techniques moins intensives telles que la permaculture, l’agriculture regénérative et de trouver une alternative aux pesticides. C’est aussi apprendre à produire en quantité suffisante pour éviter le gaspillage alimentaire et intégrer l’équation de la famine mondiale dans la régulation des nouveaux modèles.

La déforestation est également un enjeu de taille qui mérite des accords internationaux. La décarbonation de l’industrie reposera sur l’innovation des modèles de production, soit les outils, les processus et l’organisation du travail. N’oublions pas que la bureaucratie a un coût carbone.

Le secteur des transports est le secteur par définition où la qualité de l’offre pourra avoir une influence directe sur les comportements. De manière pragmatique, il est probable que les solutions résident dans un mix-mobilité. Comment les collaborations entre les secteurs privé et public peuvent-elles favoriser une mobilité propre ? La réponse ne peut pas être dogmatique et la réflexion ne peut être qu’holistique. Ainsi, toute approche qui rend difficile la circulation des piétons ou des transports en commun, tout en contraignant les automobilistes, est absurde. Le vrai défi est de créer une véritable cohabitation harmonieuse entre les différents moyens de transport. 

Il y a également la problématique du lobbying, notamment dans certains secteurs tels que l’habitat dont les normes peuvent être largement revues, mais pas sans coûts significatifs pour la filière. 

Nos modes de vie ne pourront pas sortir indemnes de ces réflexions. Quel tourisme demain, sur notre sol et à l’étranger ? Quels habitats devrons-nous financer ? Quelles Smart City devrons-nous bâtir ? À quels loisirs devrons-nous renoncer ? Quelles industries seront vouées à disparaître et les emplois avec ? Quelles devront-être les nouvelles normes des compétitions sportives mondiales ?

Le danger serait de répondre à ces questions de manière précipitée, sans tenir compte des innovations en émergence. L’avènement du deep learning, de l’informatique quantique et de la mégaconstellation de satellites va engendrer des innovations dont nous n’avons même pas idée. 

En attendant, il y a déjà des recherches dont les résultats seront a priori probants d’ici une dizaine d’années tels que le nucléaire décarboné, le développement de réacteurs à fusion pratique, d’usines d’extraction du carbone atmosphérique, de batteries de stockage massif d’énergie et d’autre sujets qui changeront assurément la donne. 

De même, la modélisation exacte du changement climatique (phénomènes, coûts, assurance, etc.) grâce aux données satellites va augmenter de manière importante la pédagogie informative et les politiques d’anticipation. 

Nous devons accepter que l’écologie est une guerre du temps que nous avons déjà perdu ; aussi, il ne sert rien d’antagoniser les générations entre-elles car les descendants sont de la famille des ascendants et il n’est pas crédibles de dire que nos aînés n’ont que faire du devenir de leur filiation. Nous devons à l’évidence nous tournés vers l’avenir, avec sagesse, avec l'idée que le sujet est complexe et chargé émotionnellement. Nous devons impérativement résister au terrorisme vert (mental ou activiste) pour travailler collectivement à développer la compréhension de ce qui va nous arriver pour que, peu à peu, chacun se sente concerné et volontaire dans le changement global impliqué par ce nouveau monde qui naît sous nos yeux, envers et contre tout, envers et contre nous. 

Je ne suis pas une adepte de la décroissance, mais de la politique « moins, mais mieux ». Je dois également reconnaître que je suis plus M.I.T. (Massachusetts Institute of Technology) que solutions liberticides ou taxes, en guise de résolution de problèmes. Et gare à ceux qui voudront instrumentaliser l’écologie pour en faire un sujet d’égalitarisme car c’est une chimère perdue d’avance qui pourrait nous faire perdre beaucoup de temps et nous détourner des enjeux réels. 

Eugene Victor Debs a dit que "Le mot le plus héroïque dans toutes les langues est « révolution »." Alors, prouvons-le une nouvelle fois et faisons la révolution, une révolution intelligente, créative, humaine et digitale. Et n’oublions pas en chemin que l’ESG sera notre phare dans la nuit.

 

Nicole Degbo

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La Cabrik est une fabrik de gouvernance stratégique et humaine qui accompagne les transformations pour relier l'économie à l'humain et est spécialiste des situations de crise de gouvernance.

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