BIG 2026
Le culot
Édito — il y a 2 semaines
« Le culot, c'est toi. »
Pourquoi tu n'es pas sur le Bang de Bpifrance ? Le thème c'est toi, c'est le culot !
Cette nuit, à 2 heures du matin, en marchant dans la rue, je me suis dit : c'est vrai. J'aurais dû y être. Le culot, c'est moi ; je l'incarne, dans mes tripes.
Alors, je me suis infiltrée dans le Bang du Big.
29 minutes pour l'écrire. 7 minutes pour le dire. 4 minutes pour le lire. C'est parti.
Je m'appelle Nicole Degbo. Je ne suis pas venue vous expliquer le culot. Je suis venue vous raconter comment il m'a traversée, depuis toujours.
Chez moi, le culot a commencé avant la parole. Ma mère raconte que, bébé, quand j'étais dans des bras qui ne me plaisaient pas, je griffais. Je ne savais pas encore dire non. Mais je savais déjà me libérer.
Rassurez-vous, depuis, j'ai appris à parler.
Le culot, ce n'est pas une technique. Ça ne s'apprend pas en séminaire. C'est une nature. Une fulgurance. Quelque chose de fondamental qui vous pousse par-delà le risque. On sait qu'on va tomber. On sait qu'on va se cogner les genoux. On sait même que ça va faire mal. Et rien n'y fait. On y va. Même quand l'entourage s'inquiète. Même quand il vous décourage. On court.
Au lycée, j'aimais l'économie ; pas les chiffres, la logique. Je passais mes soirées à la bibliothèque de Beaubourg. Un jour, j'ai rendu un devoir sur lequel j'avais travaillé des jours et des jours. Il était bon. Vraiment bon.
Quand il m'a rendu ma copie, devant la classe, mon professeur m'a dit : « Vous n'avez pas pu écrire ça. Ce n'est pas possible. » Je lui ai répondu : « Si. C'est mon travail. » Il m'a dit : « Non. Un devoir de ce niveau, ce n'est pas possible. »
Il m'a mis zéro.
J'aurais pu pleurer. J'aurais pu me taire. J'ai refusé l'injustice. Je suis allée voir le proviseur, Monsieur Baume. Je me souviendrai de son nom toute ma vie. Il a pris ma copie, l'a lue, puis il m'a reconvoquée : « Ça vaut 20. Je vais parler au professeur. »
Contraint et forcé, le professeur m'a donné le minimum acceptable : 17.
Je n'avais pas 18 ans, et j'étais fière. Ce jour-là, j'ai appris qu'une injustice ne se corrige pas toute seule. Il faut aller frapper à la porte. On peut plaider. Et on peut gagner.
Quelques années plus tard, premier poste. Le directeur général veut me recruter. Je lui demande : « Est-ce que je vais évoluer, ou est-ce que je vais rester à ce poste ? » Il me répond de ne pas confondre vitesse et précipitation. Je lui dis : « C'est simple. Si je n'ai aucune chance d'évoluer, je ne viens pas. »
Il a ri. Il m'a recrutée. J'ai évolué.
Voilà ce que j'ai fait toute ma vie. Personne ne l'a fait à ma place. Je n'ai jamais attendu qu'on m'ouvre la porte. J'ai appris à la pousser.
Il y a dix ans, j'ai changé de vie.
Derrière moi, cinq ans d'ennui. Et trois ans de promesses, pour retarder mon départ.
La dernière année, je suis partie au Brésil avec la biographie de Steve Jobs. En rentrant, je savais que c'était fini. Ce livre avait changé ma vie.
Je suis devenue entrepreneure. C'était une évidence. Entreprendre, chez moi, c'est une nature, autant que le culot.
À l'aube de mes 40 ans, je voulais tout utiliser : mes idées, mon talent. Échouer, recommencer, réussir. Et transmettre. Je voulais vivre ma vie.
J'ai inventé mon métier : la gouvernance stratégique et humaine. J'ai recommencé à zéro, avec des clients capables de se jeter dans le monde avec moi.
J'ai eu peur, bien sûr, mais ça ne m'a pas empêchée. C'est passionnant. Le plus dur, c'est d'avancer au rythme des autres. Je pourrais faire tellement de choses, mais avancer sans les autres, c'est difficile, et surtout, ce n'est pas intéressant.
Alors, année après année, j'ai augmenté le niveau d'audace, et j'ai appris à me caler sur le rythme du pays.
Le culot, ce n'est pas l'arrogance. C'est se lancer avant d'être sûr de gagner. Parce que c'est comme ça. Parce qu'il n'y a pas le choix.
Ce culot, je l'ai toujours puisé à deux sources : la droiture et la vérité. La vérité des faits. La vérité des mots. Quand on plaide avec la vérité, on n'a pas besoin de mentir. On a juste besoin d'oser.
Aujourd'hui, j'ai mis tout ce culot dans un projet. Il s'appelle The Talk.
Le 5 novembre, au Bristol, cent dirigeants vont se réunir à huis clos sur l'intelligence artificielle. Pas pour en parler. Pour décider.
L'intelligence artificielle est une compétition. Celui qui ne bouge pas vite meurt. Anticiper, décider, agir : c'est le minimum pour pivoter au bon moment.
C'est la réinvention permanente de David contre Goliath. Tout bouge tout le temps : David peut devenir Goliath, et Goliath peut redevenir David. Ce n'est pas la taille qui compte, c'est l'intelligence, l'agilité, la rapidité.
Sommes-nous capables de gagner ? Peut-être. Mais alors, il faut un plan, et ce plan commence par une décision. Et elle se prend maintenant.
Alors je vais vous demander un peu de culot. Pas beaucoup. Celui d'un bébé qui griffe pour dire non. Celui d'une lycéenne qui va voir le proviseur. Celui d'une candidate qui pose ses conditions à un directeur général.
Cette semaine, faites une chose que vous n'osiez pas faire. Envoyez le message. Frappez à la porte. Demandez vos 7 minutes.
Au pire, on vous dira non.
Au mieux, vous serez sur scène.
Merci.
Le culot, c'est moi. Et vous, quel est le vôtre ?
Nicole Degbo