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Gouvernance

Le changement peut attendre

Édito — il y a 2 semaines

Nous savons que la crise est toujours là, mais nous sommes finalement assez satisfaits d’être encore en vie (économiquement), d’avoir tenu.

"Je me demande si nous ne manquons pas d’imagination", s’est interrogé tantôt Philippe Wahl, PDG du Groupe La Poste aux Rencontres Économiques d’Aix-en-Provence de 2021.

La rentrée est telle qu’en elle-même et c’est effrayant. Nous savons que la crise est toujours là, mais nous sommes finalement assez satisfaits d’être encore en vie (économiquement), d’avoir tenu.

Dans un récent édito du journal "Les Échos", on pouvait lire : "Pour une fois, réjouissons-nous que les économistes se soient tous trompés. […] Le "mur des faillites" semble définitivement évité. Les chômeurs ne représentent plus que 8 % de la population active, loin des 11 % que l'on nous prédisait".

Cette réalité existe, mais à quel point doit-elle être véritablement rassurante ? Pourrons-nous dire durablement "ouf, nous l’avons échappé belle" ? Parmi les éléments rassurants, il est toutefois utile de rappeler que cette crise n’a jamais été une crise financière, même si à quelques reprises, le marché a donné des sueurs froides aux uns et aux autres. Nous avons tout juste assisté à des mini-krachs boursiers de quelques jours, sinon d’une journée.

Aujourd’hui, la bourse a une santé insolente et l’État s’apprête à cesser de manière significative la politique du "quoi qu’il en coûte", dont la facture s'élève, à ce jour, à près de 240 milliards d’euros ; Bruno Le Maire en a récemment fait l’annonce à la Rencontre des Entrepreneurs de France 2021 (REF 2021).

Une question cependant : comment les différents acteurs économiques vont-ils piloter leurs grands défis transformationnels ? À quel point, ce que nous venons de vivre va-t-il impacter en profondeur la gouvernance des entreprises et de l’État ?

La tendance semble dire que l’urgence n’est plus le maître-mot ; ce qui préoccupe les entreprises, c'est la mise en place de la nouvelle politique sanitaire, et d’organiser de manière plus prégnante le retour au bureau.

Le digital bien sûr est au centre de l’attention, car ce moment sanitaire a célébré l’économie de la distance qui repose sur le pivot numérique. Mais qu’est-ce qu’une bonne transformation digitale ? Est-ce juste un canal de distribution qui facilite les ventes ou est-ce un projet plus global qui simplifie l’ensemble de la chaîne de valeur métier au risque de supprimer au passage quelques emplois ?

En attendant, le M&A est en pleine santé. Depuis janvier, 65,5 milliards de dollars de deals ont été signés en France. Et quelques 2 800 milliards de dollars de fusions-acquisitions ont été conclues, un record depuis la fin des années quatre-vingt-dix dans le monde, dont 556 milliards en Europe (+33 % - source Les Échos). La crise fragilise les uns tandis que les autres consolident leur position parce qu’ils peuvent le faire. Mais quelle vision stratégique de long terme inspire ces rapprochements ? Est-ce juste devenir plus gros pour mourir moins vite ou est-ce alors devenir plus grand ?

Mais comme la taille ne fait pas tout, devenir plus grand pour quoi faire ? Quels sont les ingrédients véritables d’une bonne fusion-acquisition ? Trop d’entreprises oublient de nous faire rêver, de nous raconter un véritable projet de conquête qui tisse une histoire pleine de sens tandis, que les marchés financiers saluent trop régulièrement cette addition de chiffres et de dividendes, mais pour quel objectif fondamental ?

Cette suractivité en rassure peut-être certains, mais en attendant combien d’acteurs vont véritablement se retrousser les manches pour redéfinir sérieusement les fondements de notre contrat social et/ou préparer l’avenir en inventant demain, sans adopter un réflexe pavlovien de suiveur, mais avec la volonté féroce de devenir un game changer ?

Or, l’enjeu est bien celui-là, même si à court terme la sécurité sanitaire et économique sont de rigueur et on peut le comprendre. À défaut de bâtir un nouveau contrat social, le travail devra irrémédiablement être repensé dans son essence même.

Nous sommes à l’aube de défis sociaux sans précédent, à l’aune d'une révolution technologique qui digitalise à grande vitesse le travail et nos usages. Cette nouvelle manière de vivre et de consommer bouge les lignes du sens du travail et rebat les cartes de l’utilité. C’est pourquoi, si les entreprises doivent se transformer, les salariés doivent non seulement penser leur propre changement, mais le concrétiser sans délai.

Dans une récente interview donnée au journal Les Échos, Cynthia Fleury, philosophe et psychanalyste, rappelle que "nous ne sommes plus à l'aube d'une grande révolution, nous sommes dedans". L’effondrement est déjà là et notre responsabilité à tous est de ne pas faire comme si…

Nous devons faire face à une dette abyssale de l’État et à une crise climatique exponentielle au milieu d’une déflagration digitale qui vont entraîner des dommages sociaux et sociétaux. À un moment, la cohérence devra gagner le plus grand nombre et impliquer une logique de rationalisation de notre mode de vie et cela aura indéniablement un impact sur les flux économiques et donc sur l’emploi.

La société doit anticiper les externalités négatives par lesquelles il nous faudra passer pour résoudre les crises qui sont devant nous, mais pour lesquelles le scénario a déjà commencé et se déploie sous nos yeux, certes dans un schéma de sédimentation lente. Alors qu’allons-nous faire de ce temps qui nous manque déjà, même si le plus grand nombre ne le voit pas encore ?

Des inquiétudes naissent qui ne pourront s’apaiser avec des mots. Ce ne sera plus suffisant. L’illusion est terminée. Il nous faut dessiner un nouvel avenir, un nouveau commun dans lequel les citoyens sauront se projeter. Alors, doit-on se demander si nous ne manquons pas d’imagination ? Ou plutôt si nous ne manquons pas de courage ?

Et il faut espérer que ni l’un, ni l’autre, car les fractures sociales menacent dangereusement notre démocratie et, précisément, nous aurions tort de penser que le changement peut attendre, car alors le réveil ne serait pas seulement douloureux, mais brutal et violent, avec des conséquences quasi irrattrapables.

Nicole Degbo 

Article publié dans Les Echos, à lire ici.

 

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Albert Einstein