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Gouvernance - Territoires - Fonction publique - Maires - Transformation - Mairie de Paris

Gouvernance publique

La ville minimum

Édito — il y a 6 mois

Comment remettre de la vie dans nos villes ?

La bataille qui s’annonce pour la mairie de Paris interroge inévitablement sur le rôle d’un maire. Quelle est la bonne gouvernance d’une ville ? Comment doit-elle évoluer pour faire face aux mutations du monde ? La ville ne dépasserait-elle pas la dimension politique ? 

Depuis toujours, la ville est un enjeu partisan. Chaque élection est un ring entre partis et chaque victoire est une bataille d’étiquette. La politique est au premier plan, tandis que la ville se retrouve en arrière-plan. 

La crise existentielle qui nous rattrape oblige à remettre la ville au centre du jeu. La question fondamentale devient : comment remettre de la vie dans la ville ? J’irais même plus loin : comment remettre de la vie dans nos villes ? 

La question de l’aménagement du territoire est à l’abandon depuis trop longtemps. Peu à peu, cette considération pour le territoire a disparu, au profit du néant. Les politiques ont agi comme si cela n’avait plus d’importance et les électeurs ont oublié d’interpeller les maires sur les attentes collectives. Chacun a porté à la mairie celui qui correspondait à son parti et/ou qui répondait à ses préoccupations personnelles. 

Puis, subitement, le collectif s’est rappelé à nous, pour réveiller la responsabilité de l’État et des collectivités, s’agissant de la gouvernance des territoires. 

C’est une réflexion au long cours qui m’amène à imaginer le concept de ville minimum. 

La ville minimum est une ville qui crée des coopérations avec les villes voisines sur certains sujets ; c’est une ville qui trouve un équilibre écosystémique au profit de ses habitants ; c’est une ville autosuffisante sur les piliers essentiels et humains des territoires. 

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La ville fondamentale

Chaque citoyen est en droit de vivre dans un environnement qui offre de la sécurité. Et précisément, la sécurité n’est pas que physique ou matérielle ; elle est également émotionnelle et psychologique. Le défi d’un maire est d’aider sa commune à mettre à distance les faits divers nationaux. Aujourd’hui, certaines villes développent un sentiment d’insécurité plus fort que dans les villes où la concorde est effectivement menacée à cause de la délinquance et/ou de la criminalité. Il s’agit d’apprendre à communiquer, à remettre les faits au centre, à débattre avec les habitants pour verbaliser les peurs et ramener de la rationalité dans les foyers et les esprits. Il est probable que de meilleures coopérations à l’aune de la région soit à repenser, en imaginant un mix police - technologie qui permette de déployer les forces de l’ordre ou les militaires d’une manière plus utile, tout en leur permettant d’économiser leur énergie et de préserver leur engagement.    

Ce sujet mis à part, il y a tout un éventail de choses qui crée de la vulnérabilité chez les habitants. La géographie de l’emploi est un véritable enjeu car la majorité des individus ont une obligation de travailler pour subsister. La construction des logements, l’implantation des entreprises et les politiques y relatives sont des leviers majeurs pour organiser un équilibre de vie minimum à l’intérieur de la ville. Comment construire une ville ? 

Il est nécessaire et désormais possible de raisonner avec des maquettes numériques pour mettre en perspective la ville virtuelle et apprendre ainsi à gouverner mieux, en tenant compte de toutes les contingences pratiques. Ces réflexions globales obligent de fait à penser la ville dans le respect des normes écologiques, car c’est ainsi que le changement s’inscrit de manière positive et non punitive dans les réflexes de la ville et de tous. Il y a inévitablement une réflexion sur la facture énergétique de la ville incluant les foyers, mais pas seulement. Comment la ville peut-elle économiser de manière exemplaire ses dépenses énergétiques ? Quels sont les modèles des villes étrangères dont nous pouvons nous inspirer ? Nous posons-nous souvent cette question qui ne manque à l’évidence pas de sens ? Dans ce même geste réflexif, la vison panoramique des enjeux fondamentaux de la ville amène à réfléchir le parcours de santé et de fait les politiques de mobilité. 

Quelle est la norme minimum qui permet à chacun de se soigner, sans mettre sa santé en danger à cause des complications dues à la désertification médicale et à la distance kilométrique pour accéder aux premiers soins ? Il ne s’agit pas de construire des hôpitaux partout, mais il y a bien une réflexion territoriale à imaginer au niveau régional, communal puis départemental. Quelles sont les solutions de jonction à construire pour assurer un soin dans un cadre secure ? Quelles sont par ailleurs les solutions de mobilité pour que les personnes en situation de fragilité ne soient pas pénalisées ? Comment peut-on se déplacer raisonnablement dans une ville ? La voiture est-elle inévitable ? Ne faut-il pas créer un concept de mobilité globale qui ne reposerait pas uniquement sur le train, le métro ou la voiture ? Comment recréer un écosystème viable, sans voiture, en s’appuyant sur des cars, des tramways, des vélos, du co-voiturage, des trottinettes, etc. ? 

Il y a des solutions tels que velib ou autolib - en dépit de son échec - dans les grandes agglomérations qui sont pourtant bien dotées en termes de transport, alors qu’en-est-il des villes plus petites ? Quelle place pour l’électrique dans les villes ? 

Comme de bien entendu, une ville a également un rôle d’éducation donc comment peut-on créer un modèle d’éducation à portée de tous et dont la qualité ne serait pas à discuter ? 

Comment éduquer dans les territoires ? Il apparait crucial de développer un concept hybride basé sur des partenariats publics - privés qui s’articulerait autour de solutions humaines, traditionnelles, modernes et technologiques, sans dogme aucun. Qu’en penseraient les parents et les enfants ? Et de manière plus générale, quels sont les services publics indispensables à conserver à proximité de tous, étant entendu que la proximité n’est pas nécessairement matérialisable dans des lieux figés ou réductible au numérique ? De nouvelles solutions sont à imaginer pour que l’Etat soit proche des gens de manière efficace, humaine et non factice.   

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La ville humaine 

Une fois les premiers besoins logistiques satisfaits, il faut créer les conditions d’une vie décente dans la ville. Ainsi, outre la question du logement en connection avec l’emploi et l’écologie, il y a le logement comme facteur de cohésion sociale. Certaines villes se peuplent au gré des propriétaires, mais les permis de construire sont délivrés par la ville. Donc, chaque maire peut nourrir une réflexion agile et articulée pour veiller à l’équilibre du peuplement des territoires, sans pour autant transformer la campagne en ville urbaine. La question du lien est essentiel. Comment préserver les familles à travers la question du logement ? Quels sont les normes serviciels de construction qui peuvent protéger la famille et favoriser le liant entre voisins ? 

Bien évidemment, la chaîne de valeur alimentation est essentielle. Comment mieux mettre les agriculteurs au cœur du quotidien des territoires ? Comment inventer des concepts territoriaux, campagnards et urbains pour favoriser le manger bien, à coût modéré ? Comment éviter de réduire l’alimentation des plus démunis aux premiers prix dont nous connaissons par ailleurs tous la mauvaise qualité nutritionnelle ? 

À l’évidence, le rôle d’un maire est de penser à la problématique sociale et sociétale. 

Comment mettre de la vie dans la ville disais-je plus tôt ? L’humain est assurément au cœur de la solution : l’humain, la famille et tout ce qui peut faciliter la vie entre les gens, une vie agréable, augmentée de ce qui peut participer à créer le sel de la vie. 

Ce sel ne peut être déconnecté de la culture. Un maire doit trouver le chemin pour nourrir l’esprit de ses habitants. Comment élever sa circonscription ? La culture donc, c’est le cinéma, mais aussi le théâtre, les arts vivants (opéra, ballet, etc.), même éphémères. Ce sont également des agora pour partager des moments de vie, des joies et parfois des peines ; c’est créer un trait d’union entre les gens pour créer de la solidarité et soutenir les uns et les autres. C’est briser les mécanismes de la solitude qui ont trop prospéré au cours de ces dernières années. 

Et pourquoi pas prendre soin de ses habitants, jusqu’en veillant à encourager le sport ? Michelle Obama a imaginé le programme "Let’s Move" pour éduquer les citoyens américains à une alimentation plus saine qui passe également par un minimum d’activité physique ; la marche, la course, le yoga, la natation, le tennis, la pétanque, etc. bref, nous avons une palette de sports individuels et collectifs suffisamment riche pour imaginer un programme qui crée des liens entre les gens et participe de la construction d’un lien social. 

Enfin, redonnons la bonne place à la communication ; son rôle est d’accompagner la pédagogie, non de se substituer à l’action. 

Il va sans dire que maire des villes est un rôle différent de maire des champs car les enjeux ne sont pas les mêmes ; cependant, il y a un socle commun à imaginer, à construire, pour réinventer le métier de maire. Une ville s’administre sérieusement : maire est un métier. Cela ne doit plus être un sacerdoce porté en solitaire par certains, en particulier dans les petites villes. Maire doit redevenir une ambition non pour le maire, mais pour la ville. La ville doit être à nouveau au premier plan et l’étiquette politique à sa juste place. Les élections ne devraient plus être un concours Lépine de noms d’oiseau, de cadavres dans le placard, de fausses informations ou d’autre distractions superficielles. Les élections municipales devraient être des appels à projet pour bâtir des villes minimum où l’humain, l’individu, le citoyen serait au centre. 

La ville minimim imposerait des normes minimum pour assurer aux habitants une vie décente. La ville minimum est un projet, une utopie réalisable si chaque maire s’en donne l’ambition, l’imagination et les moyens. Eric Lombard, Directeur Général du Groupe Caisse des Dépôts, disait récemment : "nous ne manquons pas d’argent mais de projets." Alors, réveillons le chemin de l’audace pour donner corps et vie à la ville minimum, pour notre bien commun.

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Nous sommes ce que nous faisons de manière répétée. Aussi l’excellence n’est-elle pas un acte mais une habitude.

Aristote