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Tech - Technologies - Gender - Femmes - Société - Mixité - Education - Narratif - Histoire - Storytelling -

Société

La tech ou le sens derrière les chiffres

Édito — il y a 8 mois

❛L’art et la science, c’est tâcher de comprendre.❜ Albert Giacometti

1

Un enjeu sociétal 

Depuis plusieurs années, nous pouvons lire des tribunes qui alertent sur la désaffection des femmes dans la tech et, par capillarité, de son manque de mixité et d’inclusion. La révolution technologique à laquelle nous assistons est pensée par et pour des hommes ; le problème est que ces innovations technologiques sont utilisées par le monde entier ; de fait, nous évoluons aux gré d’une société pensée au masculin. En effet, près d’1/4 des emplois dans le secteur des technologies sont occupées par les femmes. Or, d’ici 2050, près des 3/4 des emplois créés seront liés à la science, l’ingénierie, les technologies ou la mathématique. 

Voilà donc un défi sociétal majeur auquel la société tout entière va devoir se confronter pour des raisons évidentes ; il n’est pas possible de considérer que le genre féminin joue en mode mineur et que la société puisse se passer de son point de vue. 

Seulement, en dépit de toutes ces bonnes volontés, des interviews d’acteurs de la tech qui invitent les femmes à rejoindre ce monde et des rôles modèles qui prennent la parole, les choses ne progressent pas ; pire, elle régressent. 

2

Inspirer à l’école 

S’il n’est plus à prouver que l’environnement familial a une véritable influence car 80% des nouveaux ingénieurs comptent déjà un ingénieur dans leur famille proche, il semblerait que beaucoup de choses se cristallisent également à l’école. En effet, selon les chiffres, 56% des lycéennes sont intéressées par l’informatique et le numérique ; mais elles ne sont plus que 37% à envisager de s’orienter vers une école d’informatique ou une école d’ingénieurs vs 66% de garçons. Le clou étant que 50% des femmes quittent leur job dans la tech au cours des dix premières années. Le système décourage les femmes au lieu de les inspirer. 

À la lecture de ce constat, il est facile de penser à Albert Einstein lorsqu’il dit « la folie est de toujours se comporter de la même manière et de s’attendre à un résultat différent. » Peut-être que le système a du mal à penser contre lui-même ? Sans doute qu’il ne suffit pas d’alerter et de dire que nous allons vers un monde profondément injuste dans son design ; sans doute qu’il est utile de réfléchir à ce qui rebute les femmes, au point de les détourner ? Et peut-être d’ailleurs qu’il serait pertinent de réfléchir la tech avec des gens qui n’aiment pas cela, au moins facialement, pour tenter de comprendre l’équation déterminante à cracker ? 

Aujourd’hui, les discours sont peu ou prou les mêmes, à l’exception de quelques-uns comme Chloé Hermary, fondatrice d’Ada Tech School (2019), qui prône un modèle d’innovation by design, c’est-à-dire une méthode qui permet d’avoir une réflexion systémique pour créer un véritable impact. En mai 2022, l’école revendiquait 140 personnes formées dont 70% de femmes avec naturellement un taux d’emploi à 100%. Son secret est d’avoir une grammaire différente pour parler de la tech. 

3

Un nouveau narratif 

Cette histoire de narratif est fondamentale car actuellement, la tech est racontée de manière plutôt virile. Ce qui est valorisé par le système, c’est la compétition, les levées de fonds, la notoriété et la perspective de traction financière. Les échecs sont par ailleurs narrés de manière négative alors que « l’échec est une éducation » pour paraphraser Luc Julia, spécialiste de l’intelligence artificielle franco-américain actuellement Directeur Scientifique du Groupe Renault. Enfin, la création de valeur des solutions est reléguée au second plan.

La tech est un monde de réseaux, de codes et de rites dirigés par des hommes qui pénalisent les rares femmes qui souhaitent s’aventurer dans ce monde. Le pire est que la majorité des femmes ont adopté ces règles, sans véritablement essayer de les disrupter. Il faut faire avec le système car c’est la loi du marché. Nous voyons cependant des fonds ouvertement féministes tels qu’Elaia Partners, Gaia Capital, Raise, Sista Fund et d’autres. Ils étudient davantage de dossiers portés par des femmes et challengent les projets avec une exigence bienveillante qui ne pénalise pas l'absence d’homme parmi les fondateurs. 

L’autre sujet est que peu d’acteurs parlent des choses qui plaisent aux femmes et qui pourraient ainsi leur donner envie de jouer. La tech est un vrai business, mais c’est aussi un jeu sérieux qui implique de la curiosité pour réussir, et évidemment de penser à côté, en osant faire des hypothèses à rebrousse-poil du marché pour imaginer une solution innovante et utile, c’est-à-dire qui résout un problème.  

Les aptitudes comportementales sont peu abordées alors que beaucoup de femmes se reconnaîtraient dans les termes employés. La persévérance, la rigueur, le travail et le goût pour le progrès sont des attitudes non genrées car elles relèvent de l’état d’esprit. 

Le système parle également peu de la dimension artistique de la réflexion et du design ainsi que de la joie, de l’émotion ressentie lorsqu’une idée devient concrète et vient sanctionner les essais d’un raisonnement. 

L’inclusion commence par le discours car seul celui-ci permet aux gens de se projeter. Aussi, si nous voulons plus de femmes, nous allons devoir prendre le temps de construire une histoire susceptible de les faire rêver pour qu’elles aient non seulement envie d’étudier les sciences, mais qu’elles persévèrent quand elles auront envie de partir. 

C’est l’histoire des figures de l’ombre, celle de trois scientifiques afro-américaines qui ont permis aux États-Unis de prendre la tête de la conquête spatiale parce qu’elles nourrissaient le rêve de participer à l’aventure spatiale américaine, en dépit du racisme, de la discrimination et des lois qu’il a fallu contourner pour ne pas abandonner. Elles aimaient les chiffres, mais surtout, elles aimaient le sens derrière les chiffres. 

 

Nicole Degbo

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La Cabrik est une fabrik de gouvernance stratégique et humaine qui accompagne les transformations pour relier l'économie à l'humain et est spécialiste des situations de crise de gouvernance.

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Ce n'est pas si facile de devenir ce qu'on est, de trouver sa mesure profonde.

Albert Camus