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Ordonnance de 1945 - État - Transformation - Résistance au changement - ENA - Fonction publique - Society - Delphine Horvilleur - Contrat social - Diversité - Méritocratie - Compétences - Pouvoir - Haute administration - Politique -

Transformation

La peur de perdre

Édito — il y a 4 mois

Le pivot du statut vers le mérite…

1

Surmonter l’inertie 

À quand remonte la dernière transformation de la fonction publique ?

La réforme de la haute fonction publique promise par Emmanuel Macron, Président de la République, et mise en œuvre par Amélie de Montchalin, Ministre de la Transformation et de la Fonction Publique, va remanier en profondeur l’ordonnance de 1945 qui porte la marque du Général de Gaulle. 

Pourquoi est-ce nécessaire ?

Dans Society, un ex-conseiller anonyme se souvient d’une réunion avec l’Administration ; il raconte ceci : ❛Dans l’administration, ils sont là pour durer. Je me souviendrai toujours de cette réunion lors de laquelle je leur ai demandé un truc, et de leur réponse : "vous savez, vous êtes la poussière, et nous les meubles".❜

Voilà pourquoi les choses doivent changer. 

Aujourd’hui, les voix s’élèvent contre le changement ; mais il n’y a rien d’étonnant, le changement produit trop souvent des résistances (cognitives). Un grand nombre de personnes espèrent le changement, mais pour les autres. Dans ce cas, à l’unanimité, les politiques fustigent le fonctionnement de l’État, mais il ne faudrait rien changer pourvu que les privilèges restent tels qu'ils sont. Aussi, les caricatures fleurissent ; nous entendons parler d’uberisation de l’État par la start-up Nation, soit une façon de dire qu’il s’agit d’une réforme hors-sol avec une vision entrepreneuriale. Cet angle fait l’impasse sur l’essentiel : l’inertie administrative, le formidable gâchis des ressources humaines, le manque de diversité et de représentativité, notamment sociale, au plus haut niveau de l’État et, surtout, la culture statutaire qui entrave l’expression du potentiel collectif de l’État.

L’ampleur de la tâche a de quoi immobiliser les volontaires, mais le temps de la résistance est écoulé. Le changement est nécessaire pour que l’État puisse fonctionner de manière plus efficace et redonner ainsi confiance au peuple. Trop de politiques ont un agenda tactique et mettent en avant un agenda électoraliste alors qu’il s’agit d’aligner l’État avec les enjeux du monde qui vient : le numérique, l’écologie et tant d’autres choses encore. 

L’État doit construire un nouveau contrat social pour mieux incarner notre pacte républicain : liberté, égalité, fraternité. D’aucuns pourraient céder au découragement, mais le gouvernement actuel en a décidé autrement et choisit d’agir au nom du bien commun.

2

Redistribuer le pouvoir 

L’image que nous avons des hauts fonctionnaires est celle de collaborateurs de haut niveau dont la mission est de comprendre le fonctionnement de l’État et de protéger les institutions. Nous ne voyons pas en eux des réformateurs, et encore moins des innovateurs, sauf exceptions. Aussi, avec le temps, en dépit de leur bonnes intentions et de leur engagement au service du pays, leur rôle de gardien est devenu un contre-emploi ; ils ont, consciemment ou pas, empêché l’État de se transformer, à peine de manière incrémentale car bien entendu l’État a bougé. Mais, il est désormais insuffisant dans sa mission. Il est lourd de sa bureaucratie et de sa faible capacité à penser contre lui-même ; les normes sont devenues un bouclier contre l’innovation et, de manière structurelle et endogène, l’État a appris à ne se laisser influencer que par les plus diplômés, les mieux notés et les haut gradés, au mépris des autres, des fonctionnaires de terrain au contact de la population, des moins qualifiés, mais pas nécessairement les moins intelligents. L’État a progressivement mis en place un système qui annihile l’intelligence de tous, au profit de quelques-uns qui pensent alors avoir le pouvoir de faire la pluie et le beau temps, selon leur accords et leurs désaccords. Le système a vrillé et il mérite mieux qu’un toilettage de printemps. 

D’abord, rompre avec les statuts pour redonner de l’oxygène au corps. En réalité, c’est la fin du statut attribué et non pas du statut acquis. Ce n’est plus le classement qui déterminera la trajectoire des uns et des autres, mais la qualité et l’impact de leurs réalisations. Est-ce grave ? Certains diront que oui, mais la réalité est que c’est l’ordre normal des choses de compter pour ce que l’on fait et non pas pour ce que l’on est. Le gouvernement actuel a donc du mérite de vouloir modifier ce vice structurel de fonctionnement. Et c’est tant mieux, si en contrepartie, les moyens sont donnés aux ressources humaines de piloter les carrières plutôt que de les gérer ; mais cela ne sera convaincant que si les directions des ressources humaines osent faire leur devoir : évaluer, développer, accompagner, sanctionner et promouvoir ; et cela avec une nouvelle ouverture d’esprit et le courage de se déprendre des trop nombreux jeux politiques qui sclérosent le bon fonctionnement de l’État. Cela va demander une vraie conduite du changement des fonctionnements et par capillarité des comportements. Les concours existeront toujours, mais l’esprit doit changer.

3

Transformer le système 

Il ne s’agit pas de mettre un terme à la mission des écoles publiques, à savoir former au langage de l’État, mais de casser les silos pour bâtir une culture moins dogmatique et plus empirique. 

Il s’agit d’utiliser l’intelligence du terrain pour penser mieux non seulement la loi, mais son application, et gagner ainsi en efficacité. Est-ce utile ? La vérité est que le fonctionnement de l’État devrait être efficace quel que soit le parti et le gouvernement en place. Or, aujourd’hui, la vulnérabilité de l’État expose le pays à un risque trop important ; nous dépendons de manière trop anormale des compétences et des qualités de dirigeance des hommes politiques qui ont le pouvoir. La machine doit mieux tourner et nous avons besoin des "hommes" pour cela.  

L’État doit mieux piloter ses ressources humaines, soit une large partie de son capital immatériel pour augmenter de manière significative l’efficacité opérationnelle de l’ensemble de ses corps. Cela passe par une plus grande lucidité sur notre environnement géopolitique, une meilleure connaissance des problématiques du quotidien, une compréhension des enjeux fonctionnels et métiers et sans aucun doute un autre rapport au pouvoir. 

Le reste suivra son cours : ce qui doit rester politique le restera ; ce qui doit s’affranchir du politique doit pouvoir le faire. 

En bref, pour reprendre les propos de Delphine Horvilleur dans un autre contexte, "l’enjeu est d’être le même et l’autre". Il ne s’agit ni de dire "ce sera vraiment mieux demain et aujourd’hui est à jeter", ni de dire "c’était vraiment mieux hier et aujourd’hui est à jeter". Il s’agit de construire le futur avec l’héritage d’hier et d’aujourd’hui, parce que l’histoire et l’expérience ont de la valeur. L’objectif est d’aller de l’avant pour mieux servir le peuple, en dominant la peur de perdre de chacun, au nom du progrès pour tous, même si "lost in transmission".

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Nicole Degbo

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