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Femmes - Leadership - Male gaze - Pouvoir - Gouvernance - Confiance en soi - Estime de soi - Dirigeance - Ambition - Valeurs - Equilibre professionnel vs personnel - Diriger -

Femmes & Leadership

Gender competition

Édito — il y a 2 semaines

Comment le "male gaze" structure la place des femmes dans la société.

Tout commence au berceau. Insubrepticement, les différences s’ancrent dans le quotidien. Ce sont des attentes moins audacieuses, une permission de ressentir donner aux unes et refuser aux autres, des jeux réputés genrés, des trajectoires pré-établies qui vont progressivement déterminer une identité de genre. 

C’est ainsi que les stéréotypes vont se développer dans les habitudes de tous, au point de devenir des habitus discriminants. C’est en train d’évoluer avec la dernière génération, mais le changement boite. Nous le voyons régulièrement dans notre quotidien avec le nombre de femmes nommées à des postes de numéro Une [en France, on ne comptait guère, en 2020, au sein des 120 plus importantes entreprises françaises (SBF 120), que onze femmes directrices générales ou présidentes de directoire et 7 présidentes de conseil d'administration ou de surveillance], le débat sur une nouvelle loi qui imposerait des quotas dans les comex pour accélérer la parité (seules 26,2 % de femmes comptent au top 100 des postes les plus importants), le visage des entrepreneurs à la tête de start-up qui reproduit les travers de classe : homme caucasien, classe supérieure, parents aisés. Ce sont encore des femmes qui veulent diriger des entreprises, mais rencontrent de multiples obstacles tant que le "partnership" ne compte pas au moins un homme (imaginaire ou pas). Ce sont aussi des femmes épuisées de devoir se battre qui renoncent à entrer dans l’arène au profit de leur foyer ou de nouveaux modèles d’entrepreneuriat (livre "Merci, mais non merci", de Céline Alix). 

Le rapport à l’audace reste différent, même s’il s’aiguise désormais de plus en plus du côté des femmes qui n’en restent pas moins plus exigeantes avec elles-mêmes quand il s’agit de saisir une opportunité professionnelle. Les sempiternelles mêmes questions relatives à la compétence, avec en tête le fameux syndrome de l’imposteur, influencent trop souvent les choix des unes tandis qu’elles sont pour le moins absentes des réflexions des autres. Et cela fait une différence à l’arrivée : il y a à l’évidence plus souvent des hommes incompétents dans leur fonction que de femmes dans le même rôle. Les femmes se donnent la permission quand elles ont le sentiment de maîtriser 120% du poste qu’elles briguent (documentaire Égalité, parité, volonté - les femmes leaders sur Arte). 

Sachant cela, certaines entreprises essaient de libeller les cahiers des charges autrement afin d’augmenter l’accessibilité de la fonction aux yeux des femmes. 

Nous en sommes encore là ; il s’agit par ailleurs de contourner les impasses familiales dans laquelle s’enferment encore trop souvent les femmes qui pensent devoir choisir entre une carrière de femme et une vocation de mère. Ce conflit permanent est un piège dans lequel tombent trop de femmes qui renoncent à leur chance plutôt que de vivre avec un affreux sentiment de culpabilité institutionnalisé par la société. En effet, les questions sur l’organisation du foyer, et spécialement la garde des enfants, est une préoccupation trop ancrée dans les échanges professionnels préalables (mobilité, recrutement, etc.) alors que la sphère personnelle devrait être absente de ces échanges. 

Les femmes qui osent choisir d’avoir une carrière à la hauteur de leurs aspirations doivent apprendre à avoir confiance en elles et miser sur leur potentiel ; elles doivent apprendre à travailler dur et endurer, sans abandonner, en s’imposant par ailleurs une charge mentale trop élevée ; cela commence avec l’obligation de résultat au travail qui n’est pas négociable et cela s’achève avec une autre obligation de résultat dans le foyer. 

Trop d’obligations de résultat pour une seule personne provoque un stress hors-norme qui durcit inévitablement le cuir de ces femmes qui peuvent alors devenir pire que leur pairs masculins, tant elles ont le sentiment d’avoir trop sacrifié pour avoir une place à table. 

Serrer les dents et avancer donc… sous le regard masculin. 

Cela a commencé avec les postes d’administratrices ; la société a consenti à acter le postulat que la majorité des femmes devaient être formées pour mériter ses jetons de présence. La question de la compétence n’avait alors jamais Até un sujet pour ces messieurs. Mais brusquement, au prétexte de la parité, l’incompétence supposée des femmes a été validée, y compris par les femmes qui se sont prêtées au jeu de la formation : apprendre à siéger, à négocier, à interagir, à parler, à défendre ses positions, à jouer aux échecs du pouvoir (Institut Français des Administrateurs). 

À l'exception de quelques femmes faisant autorité et par ailleurs multi-nommées à des postes d'administratrices (Clara Gaymard, Anne Lauvergeon, Anne-Marie Idrac, etc.), la société est tombée d’accord pour apprendre aux femmes à "singer" les hommes, en guise de passeport de légitimité. Ce sont les codes masculins qui sont enseignés ; ce sont à ces codes-là qu'il s’agit de s’adapter, de se mouler donc dans la peau des hommes comme gage de respectabilité. Voilà une curieuse révolution, même si nous pouvons compter sur les crises pour faciliter l’accès aux femmes à des postes de direction, en particulier lorsque le défi est à haut risque pour les hommes.  

Mais alors, à quel moment les choses changeront-elles enfin ? 

Peut-être quand les femmes, avant toute chose, sauront faire preuve d’autocompassion ? Quand elles sauront se regarder avec plus de justesse, mais sans complaisance, et croiront davantage en leur potentiel à réussir les choses les plus difficiles, sans avoir besoin d’une caution masculine. Quand elles accepteront l’idée que le jeu politique n’est pas obligatoirement une subversion, et encore moins une compromission, mais juste un jeu de pouvoir pour les gens de pouvoir et qu’elles intègreront qu’à partir d’un certain niveau, ce n’est plus un combat de genre, mais juste une compétition au nom du pouvoir qui implique d’identifier ses alliés, ses détracteurs, de tuer (symboliquement) ses affreux ennemis, de jouer des coudes avec le sourire, tout en restant concentrées sur l’objectif. 

Les femmes doivent comprendre le pouvoir des réseaux, en dehors des réseaux féminins ; dans les allées du pouvoir, ils ne s’agit plus de se soutenir de femme à femme, en fustigeant la gente masculine ; il s’agit de jouer sa partition avec calcul et sang-froid, sans se départir de son authenticité. Il n’est plus question de laisser place à la naïveté ; il faut être un stratège et un tacticien hors-pair pour anticiper les mouvements des compétiteurs et élaborer des contre-mesures, en s’assurant d’avoir toujours un coup d’avance pour surprendre ses adversaires, sans ne jamais être surpris à son tour. Voilà les règles du jeu que doivent intégrer les femmes pour avoir le droit d’influencer un jour les règles de la partie. Pour y arriver, il faut être au moins trois par groupe d’individus. Le nombre est clairement un sujet clef qui suppose de ne pas renoncer aux portes du pouvoir. Cela implique non pas plus, mais une meilleure sororité, plus exigeante, plus lucide, mieux constructive, moins soucieuse de copinages, d’excuses-prétextes pour justifier un échec de parcours ou tout simplement en dehors des postures victimaires qui ulcèrent les hommes, même les plus convertis. C’est à cette seule condition que les femmes seront de mieux en mieux armées à apprendre le pouvoir et pourront y imposer d’autres codes, plus féminins, mais pas moins performants.

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Raymond Barre