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Conduite du changement - Résistance - Postures - Retraite - Contrat social - Réforme des retraites - Syndicats -

Cas pratique

La polyphonie du changement

Actualités — il y a 6 mois

Le changement est une alchimie de rationalité et d'émotions.

Toute transformation fondamentale crée du bruit car son fondement même est de changer l’existant ; cela déstabilise le présent et la capacité pour chacun à projeter le cadre du futur. Et, lorsqu’il s’agit du régalien humain, de ce qui met l’homme en sécurité, les mécanismes de défense se mettent en veille, puis en éveil avant de se réveiller et de créer du bruit.

Depuis quelques semaines, le bruit est assourdissant au sujet des retraites. C’est un cas typique de conduite du changement qui aurait dû bien se passer et qui déraille au point d’en vampiriser le contenu. Les gagnants se sentent perdants et les perdants savent qu’ils sont perdants. Le résultat est un énorme sentiment de défaite collective, alors même qu’il n’en est rien. 

La réforme a été annoncée pendant la campagne présidentielle ; les principes cadres ont été énoncés avec transparence ; donc, aucune surprise, sinon celle de l’âge pivot.

Pendant 2 ans, un travail de fond a été fait et reconnu par tous. Aujourd’hui, le gouvernement porte avec responsabilité son projet.

Alors, pourquoi un tel crash de communication ?

En premier lieu, le message clef n’est pas clair. Pourquoi cette réforme est-elle nécessaire ? La majorité des personnes trouvent que cela ne fonctionne pas si mal que cela. Aujourd’hui, oui, mais demain, qu’en sera-t-il ? Ce projet n’a pas raconté la faillite certaine du système actuel. Personne n’a expliqué la fabrique de ce vieux système de retraite que beaucoup d’entre nous connaissent, sans connaître ; c’était notre système, imparfait, mais il fonctionnait. Personne n’a expliqué le coût de ce modèle de retraite et à partir de quel moment tout va se mettre à péricliter si nous ne changeons rien. Des enjeux sociétaux ont été mis sur la table pour expliquer le sens d’une réforme qui se veut plus simple, plus juste, plus universelle. D’aucuns voudraient juste ajouter des piliers supplémentaires pour protéger les plus faibles, tout en conservant l’ancien système. Le gouvernement répond non, car le schéma serait intenable ; mais personne ne dit pourquoi, comment et quand ? 

Il faudrait donc faire confiance, aveuglément, à un gouvernement qui dirige un pays atomisé. Et c’est là que tout se corse. La confiance est diffractée et les jeux psychologiques s’invitent autour de la table, sans transparence. Les syndicats font mine de s’étonner d’un projet auquel ils ont largement participé à travers de nombreuses discussions qui ont été jusqu’à rassembler des français dans le cadre d’ateliers. Mais quels français au juste ? Ont-ils été tirés au sort ? Quels ont été les contours de ces ateliers citoyens ? Peu de gens le savent et c’est bien dommage. 

Le gouvernement communique auprès du pays, en prenant chacun à partie, comme des adultes. Mais, en face, il y a des enfants, râleurs, apeurés, rebelles, libres ; il y a des interlocuteurs qui se braquent de manière posturale et font des propositions dont ils savent par avance qu’elles n’auront que peu de chance d’être retenues. C’est une misérable comédie humaine dont la vocation est de démontrer leur utilité qui a été mise en doute au cours de ces derniers mois et de défendre les droits acquis particuliers de quelques-uns, au nom de la solidarité de tous. Et pour nous en convaincre, ils utilisent une vieille technique : disséminer des fausses informations pour attiser la peur et le doute ; ils instrument les faits et organisent une défense agressive, abusive, allant jusqu’à mettre en circulation des faux calculateurs de retraite basés sur des chiffres dont ils ignorent tout puisque le gouvernement a été clair sur le fait que le niveau du point serait fixé avec les partenaires sociaux, indexés sur les salaires et non plus sur l’inflation et inscrit dans la loi. Quant à l’opposition, elle est dans son rôle, elle s’oppose tristement sur le dos des pauvres gens victimes d’une grève du vide pour reprendre l’expression consacrée récemment par les allemands. Elle s’oppose en ne proposant rien, soit l’immobilisme de ces dernières années qui menace de plus en plus dangereusement l’équilibre général des retraites dans le temps. 

Alors, nous n’en sommes précisément pas aux points de détail de la loi cadre de cette réforme qui est qualifiée d’interminable et en même temps d’impréparée. La réforme de la retraite nous tombe dessus de manière anticipée car les protagonistes opposés, les détracteurs du changement, avaient envie de faire du bruit, de s’agiter avant Noël. Cette réforme devait encore offrir de nombreuses discussions avec les uns et les autres, au moins jusqu’au premier trimestre. Ensuite, une fois que l’axe transversal aurait été défini, verrouillé, les cas dérogatoires auraient tranquillement été évoqués, avant toute communication. 

Alors, pourquoi ce chaos ? 

Les journalistes se sont sentis exclus d’un évènement sociétal majeur ; ils ont donc inquiété paradoxalement les français en ne cessant d’interroger des politiques qui ne pouvaient apporter aucune réponse tangible puisque le projet était toujours en discussion. Nous avons entendu des débuts de quelque chose, des bribes d’autres choses, un gloubi boulga d’éléments de langage sur lesquels se sont coagulés toutes les peurs et tous les prétextes. Et les dirigeants des périmètres régis par des régimes spéciaux ont manqué à leur devoir ; aucun n’a informé les équipes ; aucun n’a rassuré les fonctionnaires de la protection de leurs acquis et de la mise en place de dispositifs dérogatoires, au nom de la pénibilité et/ou du contrat social de la Nation. 

Même animé d’une bonne intention, un projet peut échouer si les parties prenantes n’assument pas leurs responsabilités ; et, en l’espèce, voilà des partenaires sociaux qui ont salué le travail, l’écoute et la compétence de Jean-Paul Delevoye, tout en conspuant le projet ; voilà des interlocuteurs qui ne nient pas la relation de confiance qui s’est tissée au gré des conversations avec le malheureux haut-commissaire aux Retraites, alors même qu’ils parlent d’une confiance impossible avec le gouvernement. 

Aussi, nous pouvons le dire : ce chaos est un magma émotionnel. Il n’y a pas de rationalité dans le débat, ni des uns, ni des autres. De plus, ceux qui devraient être dans la rue sont au travail et ceux qui devraient être au travail sont dans la rue, au prétexte de l’égalité, mais au nom d’intérêts particuliers. 

La conduite du changement, c’est un cadre intellectuel, pédagogique, managérial, méthodique et émotionnel. Ici, la pédagogie et la psychologie ont manqué, involontairement, mais assurément. Et cela suffit à mettre en péril un projet piloté dans le temps, et en branle la vie de trop de gens qui voient poindre la menace de l’incertitude du présent, au nom de l’avenir.

 

La Cabrik est une fabrik de gouvernance stratégique et humaine dont la vocation est d'accompagner les transformations pour relier l'économie à l'humain.

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Gouverner, c'est choisir, si difficiles que soient les choix. Choisir, cela ne veut pas dire forcément éliminer ceci ou cela, mais réduire ici et parfois augmenter ; en d'autres termes, fixer des rangs de priorité.

Pierre Mendes France