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Travail - Motivation - Utilité - Sens -

Care

De la richesse de l'ennui

Publications — il y a 1 année

Temps de lecture: 2 minutes

Réinvestir son destin est une chose passionnante à faire et l'ennui offre ce temps nécessaire pour réinventer sa vie...

"Ennui : Rien n'est si insupportable à l'homme que d'être dans un plein repos, sans passion, sans affaire, sans divertissement, sans application. Il sent alors son néant, son abandon, son insuffisance, sa dépendance, son impuissance, son vide."

Blaise Pascal, Pensées

Le bore out, un nouveau mot pour incarner un des plus vieux maux du travail. Voilà clairement des siècles que certains salariés s'ennuient dans leur quotidien professionnel ; les uns le vivent comme une chance et d'autres comme une souffrance. Une chance donc... oui, une aubaine pour ceux plus contemplatifs qui ont un rapport disons distancié au travail qui devient alors réductible à sa seule fonction alimentaire.
Une souffrance à géométrie variable pour une part non négligeable du régiment des salariés.
Quelques-uns y voient une prison dorée ; ils reconnaissent la situation peu idéale mais valorisent la dimension sécurité de cette douleur silencieuse qui grandit telle une gangrène au gré du temps, jusqu'à anesthésier puis briser l'âme du travailleur qui gît au départ chez chacun d'entre nous.
Les autres verbalisent la souffrance et fustigent la vacuité intellectuelle du néant quotidien. Ils crient famine sans être entendus ; ils s'agitent, espèrent une éphéméride, vocifèrent puis désespèrent sans croire tout à fait à ce vide irréversible qui anéantit méthodiquement toute dynamique apprenante, essence même du travail.

L'entreprise s'organise avec ses petites lâchetés pour ne pas gérer le pénible, activer la vaillance et agir ainsi en responsabilité. Mais à quel prix ? Que vaut la vie d'un travailleur ? Quelle est la contrepartie d'une loyauté ? Quel est le juste tribut de l'irrévérence politique ? A-t-on le droit de vider consciencieusement la mission d'une personne en espérant que de guerre lasse, elle abandonnera la bataille sourde de la mise à l'ennui, incarnation merveilleuse d'un courage à front bas ?
Que n'abandonnent-ils pas ? Oui, on connaît la chanson. Pourquoi les victimes des célèbres placards ne désertent-ils pas pour sauver ce qu'ils restent d'eux-mêmes ? Pourquoi s'accrocher à l'impossible ?
Victime consentante ? Pas si simple non ; il s'agit d'un viol psychologique portant atteinte à la dignité du travailleur et annihilant la vocation première du travail, à savoir la production de valeur avec les mains et/ou la tête.

L'ennui demande alors de prendre une impulsion pour remonter à la surface et respirer une bonne dose d'oxygène. Facile à faire ? Non, pas du tout. Au contraire, cela exige de regarder au fond de soi, d'affronter ses peurs pour laisser jaillir un rêve possible qui sera une linéarité ou un recommencement mais offrira assurément l'écrin d'une suite possible, à écrire, à inventer.

Réinvestir son destin est une chose passionnante à faire et l'ennui offre ce temps nécessaire pour réinventer sa vie, peut-être la commencer vraiment d'ailleurs et résoudre les énigmes que beaucoup aiment enterrer avec un inventaire à la Prévert de raisons dont une litanie d'obstacles prétextes.
Faut-il s'aimer vraiment pour aller au devant de ses lumières intérieures ou faut-il seulement penser que la vie est trop courte pour la perdre à s'ennuyer alors qu'en réalité nous pouvons changer les choses ?

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Gandhi